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 [Jour 19] Comme sur des roulettes

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MessageSujet: [Jour 19] Comme sur des roulettes   Dim 28 Sep 2014 - 14:46



Ethan appuya sur le bouton interrupteur de la télécommande et la jeta sur la table basse d'un geste blasé. Rien ne semblait vraiment vouloir changer depuis le fameux attentat qui lui avait coûté l'usage de ses jambes. Peut-être une prise de conscience de la race humaine sur le fait que la "bienveillance elyrienne" pouvait cacher d'autres desseins moins avouables. Mais au fond, même si tous les chefs d'état s'accordaient finalement un jour à dire qu'il fallait les foutre dehors, les renvoyer à leurs étoiles, ce qui était encore loin d'être le cas, les terriens avaient ils ce pouvoir ? Si Adam et sa clique décidaient de camper sur ses positions, pouvaient-ils seulement les bouter hors de l'atmosphère terrestre comme Jeanne d'Arc avait bouté les Anglois hors de France ? Non, bien sûr. Ethan était trop intelligent pour se bercer d'illusions, comme pouvaient le faire les généraux du Pentagone ou de la défense française ou quelque force militaire de pays avancé que ce fût. Les terriens possédaient plusieurs fois la capacité de se détruire eux-même sous la forme de l'arme nucléaire, de détruire peut-être quelques vaisseaux elyriens ? Mais rien ne pouvait repousser indéfiniment une invasion massive venue de l'espace. Si celle-ci était belliqueuse, La Terre se trouvait aussi vulnérable qu'une pomme tombée à terre dans un champ remplis de vers. Ils se feraient bouffer tout cru.

Essayer d'éviter de donner un prétexte aux Elyriens de commettre un premier massacre et épargner des vies avaient été les seules motivations d'Ethan lorsqu'il avait plongé sous cette table pour empêcher la bombe d'exploser en plein défilé. Mais il n'était pas dupe. Ce prétexte, les envahisseurs le trouveraient un jour. Peut-être même s'en passeraient-ils. Peut-être bien que les hommes étaient les seuls êtres dans l'univers à s'embarrasser de scrupules saugrenus qui les poussaient à créer des incidents diplomatiques comme Dantzig ou Sarajevo pour entrer en phase belliqueuse. Quoique que cela n'eût pas toujours été le cas. Les grands conquérants des fondements de l'Humanité, Gengis Khan, Attila, Hannibal, envahissaient sans donner d'autres prétextes que leur volonté de conquête et d'expansion. Peut-être que les ET sous leur vernis aimable et civilisés ne seraient pas plus enclins à justifier leurs actes et anéantiraient simplement la Terre. A moins, que celle-ci ne devint un réservoir à esclaves ou un garde manger. Qui pouvait savoir les desseins des créatures de l'espace à l'égard des hommes ? La crédulité de ses concitoyens avait toujours fasciné et agacé Ethan. Tant que l'enveloppe était séduisante, on pouvait faire gober à peu près tout à l'espèce humaine.

Ethan en avait fait les frais. Deux fois. Une première fois en Egypte où ses parents et lui avaient eu la naïveté de croire que la beauté du pays ne pouvait receler de danger mortel et qu'on ne pouvait pas mourir déchiqueté par une bombe au pays des grandes pyramides. Des touristes sensibles au seul charme historique et culturel des lieux mais inconscients des tensions politiques et des intentions réelles de certains citoyens du pays qui les accueillait. Et quelques décennies plus tard il avait fallu qu'il revive cela sauf que cette fois c'était les touristes venus de l'espace qui étaient la cible des terroristes et qu'il n'était pas loin de les soutenir. Mais il ne pouvait cautionner leurs actions, il ne pouvait les laisser faire. Il n'avait pas laissé faire. Il s'en était bien tiré même si l'explosion l'avait rendu à moitié sourd provisoirement. La balle du vigile, logé dans sa colonne vertébrale l'avait, elle, rendu paraplégique définitivement.

Pour ne pas devenir fou, il avait suivi de près l'évolution des enquêtes et des relations entre les Elyriens et les Terriens. Il avait tenté d'oublier son état et de reprendre le dessus mais il peinait à donne le change à Laure. Il avait réintégré leur appartement dès lors que sa blessure avait cicatrisé et qu'il était devenu évident que les médecins ne pourraient pas améliorer son état. Il y avait la rééducation à envisager bien sûr mais Ethan n'arrivait pas à se mobiliser pour se battre. Est-ce qu'on se souciait de retrouver la santé dans un monde assiégé ? Son arme avait toujours été son appareil photo. Maintenant qu'il ne pouvait plus sortir pour capturer les événements extérieurs, il passait ses journées à visionner d'anciens clichés à la loupe, à regarder des reportages en boucle, son oeil acéré traquant le moindre détail qui pouvait trahir les intentions des occupants. Il en oubliait même de s'alimenter et de se raser, pour le bain, il refusait toute aide de la part de Laure comme si l'accepter prouvait de manière définitive qu'il était devenu dépendant. Et puis il y avait la douleur de ne rien sentir. Le neurologue lui avait dit qu'il valait mieux qu'il ne sente rien vu l'endroit où la balle s'était logée car cela aurait été insoutenable mais il aurait pourtant préféré que les influx nerveux continuent à donner des ordres, même accompagnés de souffrance, à ses jambes et au reste. Il n'était pas incontinent, ce qui laisser espérer selon les médecins que les lésions ne soient pas irréversibles. On lui avait toutefois expliqué que chaque parcelle de sensation qu'il récupérerait serait assortie de douleur car les dégâts faits par le projectile étaient difficilement réparables. Une partie d'un des vertèbres lombaires avait été pulvérisée et il avait fallu plusieurs heures de chirurgie pour extraire les esquilles qui risquaient de faire plus de dégâts encore. En revanche, la technologie scientifique et médicale en son état ne pouvait permettre l'extraction d'une balle logée dans la cavité vertébrale sans le paralyser totalement ou le tuer. Le mieux qu'il pouvait espérer c'est une récupération des sensations plantaires en stimulant les nerfs qui n'étaient pas comprimés par le projectile dans le canal durale.

C'est donc un Ethan hirsute, pas rasé et sentant le bouc qui tapait sur son clavier pour écrire une lettre à Sebastien de Neuville. On toqua à la porte et il ne pouvait que deviner qui se tenait derrière la porte. Un cliquetis de verre annonçait une Laurette avec un plateau repas. Il cliqua marmonna parce qu'il n'avait pas envie qu'elle lise la lettre entamée.

- Suis occupé ma chérie...

Mais il savait qu'il en fallait plus pour arrêter Laure.
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Siana


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MessageSujet: Re: [Jour 19] Comme sur des roulettes   Dim 28 Sep 2014 - 14:46

Dans la cuisine, assise sur un tabouret devant le comptoir, le coude sur le plan de travail, le menton dans le creux de la main, Laure touillait inlassablement son thé à la fraise. Elle le faisait pare qu'il était trop chaud. Cela faisait dix minutes qu'elle agissait ainsi, le regard dans le vague, lâchant de temps en temps quelques soupirs. Elle pensait à bien des choses. Toutes liées à Ethan. Son photographe, coincé dans un fauteuil et sans l'usage de ses jambes. Elle repensait à l'attentat, à l'horreur qui l'avait habité jusqu'à ce qu'il se réveille. Qu'il n'ait plus l'usage de ses jambes ne changeait en rien l'amour qu'elle lui portait. Il était vivant et près d'elle, c'était tout ce qui comptait pour Laure. Mais Ethan changeait petit à petit.

Durant son hospitalisation, Laure avait enregistré sur cassettes vidéos toutes les informations télévisées qui parlaient des Elyriens, afin qu'il puisse se tenir au courant de l'évolution de la situation à son retour à la maison. Elle avait enregistré l'allocution télévisée d'Adam, l'annonce de la cause de la mort des deux ministres, les informations sur la recherche de la complice de la femme en velours rouge, accompagnée d'un indépendantiste irlandais, et d'un homme de mouvance néo-nazi, qui s'apprêtaient à rencontrer un homme d'Al-Qaïda.
Elle avait fait tout ça pour lui. Pour assouvir sa soif de reporter photo. Mais elle ne lui avait finalement rien donné. Les cassettes étaient abandonnées sur sa table de travail, dans son ancienne chambre, derrière la machine à coudre qu'elle n'avait pas touché depuis l'attentat. L'envie de coudre n'était plus là. Elle s'était donnée pour mission de veiller sur Ethan. Sauf qu'Ethan avait de la ressource et il avait tout de même suivi les événements. Alors les cassettes ne servaient plus à rien. Elles pouvaient donc rester là où elles étaient.

Ethan avait perdu l'usage de ses jambes et se plongeait corps et âme dans ses vieux clichés, restait dans son labo photos. Laure trouvait l'appartement bien plus vide que lorsqu'il voyageait. Il s'enfermait davantage. Le globe trotteur devenait pire ermite que l'ermite qui lui servait de petite amie. Laure assistait à ce changement néfaste sans trop savoir quoi faire. Chacune de ses approches se soldaient par la même réponse : « je suis occupé ». Mais elle insistait toujours. Il le fallait. Sinon où cela les mènerait ? À un éloignement entre eux ? Ou pire ! Laure ne le supporterait pas.

Laure cessa de tourner son thé et porta la tasse à ses lèvres. Il était froid. Elle le jeta dans l'évier et regarda l'heure. Il n'était pas tout à fait l'heure de déjeuner. Mais à quand remontait le dernier repas d'Ethan. Laure chercha mais n'arrivait pas à s'en souvenir. Elle ouvrit le frigo et vit l'assiette du dîner de la veille. Il n'y avait donc pas touché. Laure fronça les sourcils et serra les poings, qu'elle plaqua contre ses hanches.


- Qu'il est borné, lâcha-t-elle en s'emparant du pot de mayonnaise et du paquet de jambon blanc. S'il croit qu'il va rester le ventre vide...

Laure referma violemment la porte du réfrigérateur et ouvrit divers placard. Elle sortit le sachet de pain de mie, un couteau, un plateau, deux verres et deux assiettes. Elle fit deux sandwichs et remplit les verres d'eau. Elle posa le tout sur le plateau et s'élança dans leur chambre, où Ethan s'y était enfermé pour travailler.

Elle frappa à la porte. Juste pour la forme. Elle ne comptait pas repartir si elle était refoulée. Elle ouvrit donc la porte avec le coude et la poussa d'un coup de hanche.


- Tu es toujours occupé, dit-elle en s'avançant d'un pas décidé vers lui. Tu sais mon chéri que nous avons un salon où tu pourrais travailler. Un salon plus lumineux qu'ici. Un salon où il y a de la vie, car figure-toi qu'il y a quelqu'un dans ce salon...

Laure posa le plateau là où elle put. Elle s'approcha d'Ethan et posa ses deux mains sur ses épaules, les massant délicatement.


- Promets-moi que tu vas manger, que tu ne remettras pas cette assiette pleine dans le frigo
, dit-elle faisant glisser ses mains contre le torse d'Ethan et en lui déposant un baiser dans le cou.

Elle le serra fort et enfouit son visage contre Ethan.

- Tu ne veux pas lâcher le travail pour aujourd'hui et passer l'après-midi avec moi ? Il faut te reposer encore. Tu m'as tellement manqué et terriblement inquiété quand tu étais à l'hôpital. Je veux t'avoir à moi toute une journée et pas te partager avec tes photos, marmonna-t-elle.

Ses paroles étaient un peu étouffée par le fait qu'elle parlait contre lui. Puis elle releva le nez pour voir ce qu'il faisait.


- Dis-moi ma bouclette chérie, tu bosses sur quoi aujourd'hui ?
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MessageSujet: Re: [Jour 19] Comme sur des roulettes   Dim 28 Sep 2014 - 14:47




Plateau repas et éventail de questions, le tout saupoudré de tendresse et de prévenance face auxquelles Ethan ne savait quel comportement adopter. Laure ne désarmait pas dans son entêtement à le sortir de son marasme. Il eut un petit sourire résigné, qu'elle ne pouvait voir puisqu'il lui tournait le dos et accepta de bonne grâce l'étreinte qu'elle offrait à la partie encore sensible de son corps. Le ton de la voix lui serra le cœur. Une voix dans laquelle vibraient inquiétude et supplique mêlées à une pointe de colère. Oui de colère, même contenue. Il la connaissait assez pour savoir qu'elle n'acceptait pas ce qu'il était en train de devenir, qu'elle ne le comprenait pas, même si elle concevait certainement le moral brisé de celui qu'elle aimait. Celui qu'elle aimait ? Que restait-il de cet homme, en vérité ? Bien sûr on pouvait affirmer qu'un homme ne se définit pas seulement par sa capacité à mettre un pied devant l'autre mais surtout par la volonté qui l'anime. Ethan n'était ni le premier ni le dernier à avoir perdu l'usage de ses jambes. Une telle fatalité frappait aveuglément et il le savait mieux que quiconque lui qui avait parcouru le monde pour couvrir les conflits les plus sanglants du siècle. Combien d'hommes, de femmes, d'enfants, même, mutilés, amputés par des mines anti personnelles avait-il pu fixer sur sa pellicule ? Trop, beaucoup trop. Il s'était attaché à ne pas capturer dans son objectif la seule horreur de leur situation, même si le Monde devait savoir, mais aussi à révéler dans leur regard les sentiments qui résultaient de cette situation. Des regards, il en avait en mémoire et de toute sorte. Souvent en regardant ses clichés après développement, il avait été frappé au coeur par leur intensité, qu'ils expriment la douleur, la résignation, l'hébétement, la colère, ou l'incompréhension. Il y avait toujours au fond de leurs yeux cette même question qui resterait sans réponse. "Pourquoi moi ? " Il savait qu'il était impuissant face à cette rage destructrice qui animait l'Homme contre ses semblables. Pourtant, alors même qu'il défiait la mort et jouait au chat et à la souris avec elle, s'exposant comme peu de reporters acceptaient de le faire, il avait toujours inconsciemment pensé être hors d'atteinte, comme s'il avait déjà payé par le passé, un tribut assez lourd à celle-ci. Et les faits lui avaient toujours donné raison, à tel point que ses collègues le disaient non pas né sous une bonne étoile mais dans une autre galaxie. Ethan Deloir était le grand reporter à la chance tellement insolente qu'elle en était presque indécente. Comme si la mort ne voulait pas de lui parce qu'il n'avait plus personne pour le pleurer.

Et puis il y avait eu Laure. Elle était entrée dans sa vie, ou plutôt, il était entré dans la sienne, en même temps que dans son appartement. Et ils s'étaient attachés l'un à l'autre, doucement, sans en avoir conscience. Insidieusement, il avait arrêté d'enchaîner aussi frénétiquement les contrats sans aucun répit, petit à petit, il avait fait des haltes dans leur colocation, entre deux reportages, jamais longtemps, mais de plus en plus souvent. Ses retours ne duraient jamais plus d'une semaine, comme s'il ne voulait pas trop s'installer de peur de prendre racine, mais il revenait toujours au bout d'un temps que devenait de moins en moins long. Il ne s'en était pas rendu compte, bien sûr. Non, pas avant d'être immobilisé dans ce fauteuil et d'avoir tout le temps d'éplucher ses notes de frais, et regardé attentivement comme des reliques d'une autre vie, ses billets d'avion, ses albums. Et comble de l'ironie, la mort l'avait rattrapé et presque emporté alors qu'il était de passage à Paris, alors qu'il venait juste de prendre conscience de ce qui l'y faisait revenir avec plus d'impatience. Cette pute de Faucheuse avait flairé bien avant lui qu'il avait désormais quelqu'un pour pleurer sa disparition. L'idée s'était lentement mais vicieusement insinuée dans son esprit. Il n'avait pas le droit de s'arrêter, de se poser pour goûter à un semblant de vie normale, avec des aspiration d'homme, des envies d'autre chose que l'amour fait à la va vite dans une chambre d'hôtel avec une inconnue. Il n'avait pas le droit de s'attacher, d'aimer et d'être aimé. Il l'avait pris quand même et il allait tout perdre pour avoir trop voulu. Bien évidemment, il ne pouvait dire cela à Laure sans la rendre folle de chagrin, sans la voir entrer en révolte, se ronger les sangs à la perspective qu'il veuille renoncer à eux, à leur bonheur. Et pourtant, il faisait tout ce qu'il fallait, plus ou moins consciemment, pour qu'elle se détourne de lui. Bien qu'il en crève intérieurement, cette ombre noire qui l'avait touché dans le souffle qui avait emporté ses parents, mais l'avait épargné, était en train de le rattraper, de jeter un voile sombre et opaque entre Laure et lui. Il avait perdu le contrôle, sa vie lui échappait et il ne pouvait rien faire d'autre que de tenter de tromper cette salope de Mort en lui montrant qu'il avait compris, que ça y est il avait enfin compris pourquoi elle l'avait épargné deux fois. Il devait être le révélateur de ses desseins, l'artiste qui capture ses effets, son grand ambassadeur de communication. " Regardez ! J'étais là, à cet endroit du Monde, et j'ai frappé, au cœur des vivants , j'ai arraché des vies! Voyez comme je fais preuve d'inventivité et de créativité ! Ne me suis-je pas surpassée une fois de plus ? " Porte parole et ambassadeur de la Mort dans ses expressions les plus atroces. Tel était son Destin, la seule raison pour laquelle il vivait encore. Et lui qui avait cru naïvement qu'il avait une mission d'information, pour faire prendre conscience à ses semblables de l'urgence d'arrêter leur escalade dans l'horreur! En vérité, il s'était menti à lui-même durant tout ce temps. Il ne vivait pas, n'agissait pas pour que cela s'arrête, mais n'existait que parce que cela continuait. Un de ses confrères, perspicace, lui avait un jour balancé à la figure, alors qu'il rayonnait à un cocktail, entre deux mannequins, après avoir reçu une énième récompense de ses pairs pour ses clichés: " Un mec comme toi n'est pas prêt d'être au chômage, quoi que tu en dises, et on sait toi et moi que si la paix universelle s'étendait sur la planète, tu te retrouverais comme un con, sans plus aucun sens à ta vie. Tu es comme ces salauds dont tu photographies les exploits. Tu ne vaux pas mieux que ceux qui tiennent les fusils, mais toi en plus, tu es un putain de voyeur. Tu n'auras jamais le cran de tuer, comme eux, mais tu prends ton pied en les regardant à travers ton objectif et en étalant leurs actes à la vue de tous. Tu sais quoi, Deloir ? Tu me dégoûtes et tu ne vaux même pas la balle qui pourrait te flinguer!" Bien sûr le type était animé par la jalousie, l'envie et complétement bourré de surcroit. Un confrère considéré comme talentueux et techniquement au point mais auquel il manquait cette signature qui permettait immédiatement à un œil connaisseur d'identifier ses clichés. Tout ce qu'avait Ethan. Cette touche magique, tragique, cet art de mettre en lumière un geste, un visage, un paysage, un contexte, et parfois le tout ensemble. Ce don, plus qu'un talent, qui faisait dire aux patrons de Sigma et Tass "ce mec compose des tableaux à partir de la vie, c'est plus que la vie qu'il prend en photo" ou encore " ce type est diabolique, il a l'art de réunir en une prise, l'essence d'un moment, mais aussi une foule de détails qui disent mieux que les mots" . De fait, souvent les chefs de rédaction insistaient auprès des journalistes chargés d'écrire les papiers qu'illustraient ses clichés, sur la nécessité d'être concis et sobres, presque laconiques. "L'image parle d'elle-même, inutile de paraphraser". Pour reprendre un devise célèbre d'une mensuel à sensations, quand il s'agissait du travail d'Ethan, le poids des mots était bien faible, presque vain, face au choc des photos. Alors, bien entendu, les insultes de quelques aigris ratés ne pesaient pas lourd, à l'époque, aux yeux d'Ethan face à une corporation qui l'encensait, même s'il en concevait un inexplicable malaise, comme une sourde tristesse. Mais à présent qu'il avait pris conscience du fond de véracité de ces accusations, maintenant qu'il était persuadé d'avoir passé un pacte sans le savoir avec la Mort, il se disait parfois que c'était le mieux qui puisse arriver de rester coincé dans cette chaise roulante. Pourtant cet état ne perdurait jamais longtemps, et son esprit, jamais en repos, cherchait sans cesse un nouveau moyen de servir plus sincèrement la vérité.

C'est ainsi qu'il avait conçu ce projet insensé dont Laure devait ignorer la motivation réelle. Qu'il aboutisse ou non, il espérait égoïstement, retrouver un sens à ce qui lui restait de vie et retrouver un peu l'estime de lui même s'il devait perdre celle de Laure. De toute façon qu'avait-il à lui offrir ? Un bonheur fané à peine éclos, la vision d'un homme amer et s'enfonçant lentement dans la déchéance ? Sans but, sans espoir ? L'ombre de lui-même. Mais avant de mener à bien cette folle entreprise, il avait besoin de l'aide de Sébastien de Neuville, qu'il avait repéré comme étant la meilleure plume de presse du moment, même s'il n'était pas encore arrivé au degré de maturité de certains de ses confrères. Neuville aurait l'audace qui leur ferait sans doute défaut. Aussi avait-il entamé la rédaction de cette lettre qui n'exposait rien, qu'une demande d'entrevue dont le prétexte était une proposition professionnelle au journaliste. Il attrapa les mains de Laure et y déposa distraitement de petits baisers puis se retourna en souriant de sa résolution si bien prise.

- Je vais manger, promis! D'ailleurs j'ai faim. Ce travail de visionnage de mes clichés et des montages vidéo dont ils ont fait l'objet m'a épuisé. Et toi, tu as l'air fatiguée, humm, ou plutôt tendue ma chérie. Si tu allais te changer les idées en faisant du shopping avec ton amie, tu sais, celle qui m'adore. Ajouta-t-il dans un petit rire gêné, conscient d'avoir éludé sa proposition.

Il releva la tête et souffla sur les mèches indisciplinées de Laure qui lui chatouillaient le front et quêta un baiser avant de l'attirer sur ses genoux. Elle n'aimait pas trop cela les premiers temps, ayant peur de lui faire mal et il avait dû lui répéter jusqu'à l'énervement qu'elle ne risquait pas de lui occasionner quelconque douleur.

- Figure-toi que j'ai pris de grandes résolutions ! Dans la semaine je vais sortir, prendre un taxi, et aller voir ce fameux journaliste, Sébastien de Neuville. J'ai envie de lui proposer d'écrire ma biographie illustrée de quelques unes de mes photos. Ce serait une sorte de bio en images. Qu'en dis-tu ? Et puis j'ai cru comprendre qu'il était en relation avec le chef des Elyriens... Je me disais que peut-être il pourrait se renseigner sur les compétences médicales de nos visiteurs. Tu imagines ? Si leur médecine était capable de me rendre mes jambes ? Après tout, ils ont l'air bien plus avancés que nous dans bien des domaines.

Il n'osa regarder celle qui partageait sa vie, lorsqu'il ajouta:

- Tu sais, j'ai compris qu'on n'a rien à gagner à les affronter, il vaut mieux essayer de dialoguer et de négocier une entre aide. J'ai sauvé la vie à quelques uns de leurs leaders, je suis un très bon photographe. J'entends bien exploiter ces atouts pour guérir et leur proposer de devenir leur photographe officiel. Promouvoir par la communication, la collaboration entre nos deux espèces... Qu'en penses-tu ?

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Siana


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MessageSujet: Re: [Jour 19] Comme sur des roulettes   Dim 28 Sep 2014 - 14:47

Lorsque la suggestion de shopping fut énoncée, Laure retira précipitamment ses mains de celles d'Ethan, l'empêchant ainsi de poursuivre les petits baisers. Elle les leva au-dessus de ses épaules afin de les mettre hors d'atteinte. Laure fronça les sourcils et lui offrit sa plus belle mimique de colère.

- Non, je ne suis pas fatiguée. Non, je ne suis pas tendue. Je suis contrariée ! S'exclama-t-elle. Du shopping ? Et puis quoi encore ! Une manucure et un passage au coiffeur ? Je vais t'en donner moi du shopping ! Poursuivit-elle en lui jetant sa serviette de table sur les genoux. En plus de m'isoler dans le salon à force de rester tout seul ici, maintenant tu voudrais m'envoyer dehors ? Je n'irais nulle part ! Prouve-moi plutôt que tu as vraiment faim, ordonna-t-elle en pointant du doigt le sandwich d'un geste furibond pour le forcer à manger.

Il lui souffla sur le visage pour faire bouger ses mèches rebelles et l'attrapa pour l'avoir sur ses genoux. Mais Laure ne décolérait pas. Elle était assise sur lui. Elle détourna le regard et croisa les bras pour cacher les tremblements de ses mains, signe que la tension dans tout son corps se relâchait subitement, elle détourna le regard pour masquer la peine qui l'envahissait, comme après chaque coup de colère.
Elle s'en voulait de s'être emportée contre lui. Comme à chaque fois, elle se faisait du mal à exprimer sa colère et ne pouvait rester sans se faire pardonner. La fois où elle l'avait giflé, après qu'il lui ait retiré son invitation pour le défilé, Laure n'avait pu se retenir d'embrasser la joue endolorie. Mais cette fois-ci, il n'y eut aucun geste d'affection de sa part, pour se faire pardonner de la montée de colère.

Il avait mendié un baiser et cela n'attirait même pas l'attention de Laure. Toujours pas de baiser de sa part pour se faire pardonner de lui avoir crié dessus, pas de câlin ni de caresse. Rien. Car elle lui en voulait à lui aussi. En l'envoyant faire du shopping, Laure avait l'horrible sentiment qu'il voulait juste l'éloigner un peu plus qu'il ne faisait déjà en s'isolant dans la chambre, à bosser pendant qu'elle s'inquiétait seule dans le salon, à regarder la télé sans vraiment faire attention à ce qu'elle visionnait.
Lorsqu'il revenait à la maison entre ses voyages, il passait toujours du temps avec elle. Là, il était à la maison, certes en convalescence, mais il était là. Et Laure avait l'impression de moins exister, d'avoir moins d'attention que lorsqu'il était toujours en vadrouille. Elle se sentait privée de cette attention qu'il lui donnait entre ses voyages et de la nouvelle qu'il lui avait donné au début de leur relation. Une attention accompagnée d'une affection qui l'une et l'autre lui étaient devenues précieuses, indispensables, vitales et qui avait conduit au moment magique à Montmartre, à la nuit suivante, au remplissage du vide qu'il y avait dans son cœur et à la satisfaction de ses sentiments pour celui qui était devenu, au fil du temps, plus qu'indispensable et plus que vital.
Laure s'était imaginé que l'incapacité d'Ethan à reprendre ses voyages l'inciterait peut-être à faire ce qu'il avait proposé : quitter la France, ouvrir sa galerie photo et lancer Laure dans la création de vêtement. Au lieu de cela, Laure avait le sentiment de perdre ce qui avait été récemment gagné : de le perdre.

Elle était toujours assise sur ses genoux. Des genoux qu'elle avait encore un peu peur de blesser. Avant il ne se gênait pas de lui dire qu'elle avait les os des fesses pointus. Cela la faisait toujours marmonner. Dorénavant, cela lui manquait. Tout comme ses habituelles caresses du pied, qui demeuraient maintenant sans réponse, sans frissonnement chez Ethan.
Quand enfin elle se décida à plonger ses yeux dans les siens, elle ne put résister à blottir son visage dans son cou, sans pour autant décroiser les bras pour le serrer contre elle, comme lui faisait avec les siens. Non. Pas de câlin normal. Elle refusait de lui donner un câlin complet. Il l'avait mise en colère, alors il n'avait droit qu'à sa tête contre lui. Elle lui offrit une demi demande de pardon pour sa colère. Un peu comme après la gifle. Il avait eu droit à un baiser sur la joue mais s'était vu imposé une sortie au resto. Ethan allait devoir s'attendre à une exigence de la part de sa Laurette pour avoir osé lui parler de shopping.

Ethan brisa le silence en partageant enfin avec elle ses projets. Enfin il se décidait à l'intégrer dans ses résolutions en la mettant dans la confidence. Laure boudait toujours sur ses genoux. Lui offrant une moue triste. Elle l'écouta parler de sa décision d'entrer en contact avec le journaliste qui devait être en relation avec les Elyriens. Ethan ne savait-il pas que l'interview télévisé d'Adam par ce journaliste avait été remplacé par l'allocution télévisée d'Adam ? Que ce journaliste n'était donc peut-être plus en contact avec les Elyriens ? Peut-être que cela lui avait échappé à Ethan. Cette possibilité, Laure la connaissait, puisque pour son Ethan, lorsqu'il était à l'hôpital, elle avait enregistré l'ensemble des journaux télévisés qu'il avait l'habitude de regarder. Mais en voyant le plongeon d'Ethan dans son travail, elle avait finalement décidé de ne pas lui donner les cassettes vidéos sur lesquelles elle avait tout enregistré. Laure hésita à le lui dire. Le lui annoncer signifiait pour elle le replonger dans une longue réflexion pour trouver une nouvelle façon d'arriver à son objectif. Cela signifiait donc l'aider à s'éloigner encore plus. Elle ne voulait pas ça. Alors elle se tut. Lui aussi, lui avait caché quelque chose. Il lui avait caché le but réel de son escapade au défilé. Laure considéra donc, qu'en ne disait rien, qu'il était à égalité. Ex æquo : une cachotterie partout !

- Une biographie ? Hmm... si tu en as envie, dit-elle sans grande conviction. Tu es connu, encore plus depuis le défilé, tu pourrais être bien vendu.

Lorsqu'il émit l'hypothèse que la médecine Elyrienne pouvait peut-être lui rendre ses jambes, Laure trouva le plan d'Ethan soudainement très intéressant. Pour Ethan, cela signifiait pouvoir remarcher et reprendre ses voyages, ses reportages, son obsession de dévoiler la vérité. Pour Laure, cela voulait surtout dire espérer retrouver toute l'attention d'avant.

Elle l'écouta poursuivre ses explication mais cette fois-ci, c'était lui qui détournait le regard.


- J'en pense que si ce que tu dis te semble le plus juste, tu devrais le faire, même si cela change radicalement des mises en garde que tu m'as donné à l'encontre des Elyriens. Si pour toi c'est ce qu'il y a de mieux à faire. Soit. Mais...

Elle lui attrapa le menton pour le forcer à la regarder et ajouta :

- Mais n'oublie pas qu'il te faut penser pour deux. Maintenant que tu as décidé de faire copain copain avec les Elyriens, je n'ai pas envie de me retrouver toujours coincée ici, à attendre dans la peur de ne pas de te voir revenir vers moi, pendant que tu iras jouer dans les vaisseaux de la Délégation. Aider pacifiquement me convient mais s'il y a encore de la bombe dans ton espace vital, ce n'est pas des Elyriens qu'il te faudra avoir peur...

Laure se décida enfin à passer ses bras autour d'Ethan. Pour la première fois depuis sa sortie de l'hôpital, elle lui montrait un peu la douleur qu'elle avait ressentie. Elle lui exprimait ses craintes. Elle le serrait aussi fort qu'elle pouvait.

- Ne me refais plus jamais ça, murmura-t-elle, la voix serrée, entre deux baisers dans le cou. J'en pense que c'est une bonne idée s'ils peuvent te soigner. Mais s'il s'avère qu'ils ne peuvent pas te guérir. Que feras-tu ? Demanda-t-elle en relevant la tête et en collant son front contre celui d'Ethan. Continueras-tu d'être leur... porte-parole ?
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