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 L'oeil du fermier vaut fumier.

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Siana


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MessageSujet: L'oeil du fermier vaut fumier.   Mer 24 Juin 2015 - 21:11



Le soleil descendant commençait à rougir à l'horizon, annonçant un lendemain ensoleillé. Les poules se rapprochaient d'elle-même de leur poulailler. Les moutons, les chèvres et les vaches étaient déjà dans l'étable. Le dernier employé agricole salua Margot et quitta l'exploitation pour regagner son foyer. Margot était maintenant seule sur sa propriété.

Une longue journée de travail sur l'exploitation agricole venait de se terminer. Entre son travail dans le champ mêlé à la surveillance de ses employés, les heures passées dans le cahier de compte et son entrainement quotidien pour son activité nocturne, Margot était épuisée. Cette nuit, elle n'avait pas de mission de prévue. Elle avait donc décidé de ne pas se rendre à la maison de pain d'épice. La porte restera close ce soir. Les clients et futurs clients devront repasser un prochain soir. Margot pouvait bien se permettre une nuit de repos. Surtout que le lendemain, une nouvelle journée chargée l'attendait.

Le lendemain matin, elle devait se rendre au village pour vendre ses produits au marché du matin. Puis, à midi, elle devait ensuite repasser par la ferme et se rendre dans la grande ville pour réapprovisionner la pâtisserie de son frère, avec des produits de sa ferme. Des œufs frais, du lait bien écrémé, de la crème épaisse, des noisettes, noix et fruits du jardin, de la farine fraichement sortit de son moulin allaient être livré au petit frère, gratuitement évidement, pour son activité. Même s'il était adulte, Margot veillait toujours sur lui.
Le chemin à faire allait être long car sa ferme, située non loin de l'orée de la forêt, se trouvait aussi à mi-chemin entre le village et la Grande ville. Le trajet promet d'être aussi usant que la matinée de marché ou l'heure passée chez son frère. C'est dire combien le petit réussi encore à l'épuiser. Une bonne nuit de sommeil allait donc s'imposer.

Mais avant de fermer le portillon de la ferme à clé, avant de fermer les volets et sa porte d'entrée, et enfin fermer ses paupières après s'être confortablement couchée, Margot allait faire son tour habituel de sa propriété, champs compris, afin de s'assurer que tout allait bien. Margot ferma sa ferme à clé, ferma le portillon, comme chaque fois qu'elle s'éloigne de son logis, et elle se dirigea vers l'écurie. Ce fut donc à dos de cheval que Margot prit le sentier boueux qui parcours sa grande propriété agricole. Champ après champ, elle allait passer en revue ses terres afin de dormir sereinement. Avait-elle peur des voleurs ? Probablement. Mais Margot ne se contentait pas de vérifier la hauteur de ses blés, le nombre de ses pieds de tournesols. Enfin si, elle faisait bien cela... mais pas que... En réalité, Margot faisait avant tout  le tour de sa propriété pour vérifier si ses protections anti-sorcières fonctionnaient correctement.
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Gribouille


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MessageSujet: Re: L'oeil du fermier vaut fumier.   Dim 20 Sep 2015 - 16:59

C'est naze, l'herbe.
Non mais sérieux, c'est quoi ce mythe du bonheur de marcher pieds nus sur l'herbe fraîche ? Déjà, ça pique, après y'a toujours des putain de bestioles qui cherchent à vous rentrer dans le pantalon en douce et en plus c'est mouillé et ça tache. Non pas que quiconque en ait quelque chose à faire (des taches). N'empêche.
Non, vraiment, l'herbe, y'a pas à dire, c'est naze.

C'est ce que se disait Prince en tout cas, qui découvrait avec une joie et un enthousiasme débordant, comme on peut le voir, la vie en plein air. Il avait déjà essayé les branches basses d'un arbre, desquelles il était bien sûr lamentablement tombé (il avait chu, comme on dit, haha), une pierre plate trop dure qui lui avait fait des bleus un peu partout, et, bien sûr, cette foutue herbe verte sur laquelle aucun être humain digne de ce nom ne voudrait roupiller.
Au faîte du désespoir, il avait soudain eu une idée lumineuse. Bon, d'accord, il avait levé les yeux et regardé devant lui et l'idée lumineuse lui avait sauté dessus toute seule. Avec un regain d'espoir et une pointe de méfiance, Prince s'étendit prudemment dans le coin du champ de blé qui lui faisait face. Il attendit un peu, puis poussa enfin un soupir soulagé. Parfait. Les épis couchés sous son poids ne lui rentraient pas dans le dos, et lui masquaient même la lumière du crépuscule. Ceux qui se dressaient encore fièrement autour de lui lui faisaient une bonne petite cachette - et puis, comme il était censé avoir les cheveux de la même couleur, avec un peu de chance il passerait inaperçu et personne ne viendrait le faire suer... au moins pour les prochaines 24h ?

Prince jeta un regard à Rex, très occupé à brouter toute l'herbe du continent un peu plus loin (ce qui lui prendrait facilement toute la nuit), puis croisa les bras sous sa tête et savoura sa position avec délices. Son regard se perdit dans les couleurs changeantes du ciel. Il écouta les grillons chanter puis imagina un instant la tête que devait faire son royal de père à l'heure actuelle, avant de chasser rapidement cette image de son esprit. Il continua à regarder le ciel et ses traits se redétendirent peu à peu.

- Qu'ils aillent tous se faire foutre, marmonna-t-il avant de fermer les yeux.

HRP:
 

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Siana


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MessageSujet: Re: L'oeil du fermier vaut fumier.   Lun 28 Sep 2015 - 11:42

Margot arrivait à la moitié de son inspection quand quelque chose attira son attention vers une clôture en bois abimée. La clôture était faite de deux rangées de planches fixées à des poteaux. Une planche de la rangée du haut s'était détachée et pendait d'un côté. La deuxième barrière clôturait toujours le champ, mais le sortilège de protection ne pouvait plus fonctionner à pleine puissance avec cette planche déclouée.

Margot descendit de cheval et, d'une des sacoches accrochées à la selle, sortit un marteau et des clous. La fermière releva sa planche et l'examina. Une fine gravure avait été faite sur la face de la planche. C'était l’œuvre de Margot. La fine gravure s'apparentait à une fissure naturelle du bois, mais il n'en était rien. Il s'agissait d'un "canal" pour faire circuler la magie qui lui permettait de faire barrière aux sorcières. Margot regarda ensuite l'endroit où était fixée la planche. Les trois gros clous avaient rouillés et deux s'étaient cassés. Avec le poids, la planche cassa celui qui restait.
L'usure avait été la cause de la case, et non une sorcière, ce qui rassura la fermière. Cela s'était déjà produit. L'usure avait déjà fait de la casse. Une sorcière, aussi ! Mais elle eut droit qu'à un aller dans la ferme. Pas de retour !

Margot refixa la planche correctement, de façon à ce que sa gravure s'emboite correctement avec celle des planches voisines. Elle rangea ses outils et prit son couteau, rangé dans un étui à sa ceinture. Elle se coupa volontairement le bout d'un index et fit couler son sang sur la gravure, tout en marmonnant une formule trouvée quand elle était enfant, dans un des livres de sorcellerie de la maison de pain d'épice.
La gravure s'illumina d'abord là où était tombée la goutte de sang. Puis gravure entière s'illumina, sur tout le long de la rangée de planche, tout le long de la clôture, donc tout autour de la propriété.

Voilà Margot bien rassurée ! Sa propriété était maintenant bien protégée. Margot avait découvert que sa capacité à annihiler ou affaiblir le pouvoir d'une sorcière était dans son sang. Grâce à son sortilège, toutes les sorcières qui entraient chez elle étaient soit sans pouvoir, soit très faible.
La deuxième rangée de planche avait peut-être encore sa protection d'active. Il n'était donc peut-être pas nécessaire pour Margot de remettre un peu de son sang. Mais bon... deux précautions valaient mieux qu'une !

Margot poursuivit son inspection sur la seconde moitié de la clôture de sa propriété.
Puis elle arriva à un champ de blé. Un magnifique champ de couleur dorée. Il était prêt à être moissonné. Margot l'avait inspecté dans la matinée avec le supérieur de ses ouvriers agricoles. Ils avaient été d'accord sur le fait que la moisson allait être bonne. Il était toujours aussi beau. Tout allait bien ! Ou peut-être pas... un cheval en train de paitre près de sa clôture, qu'elle vit un peu plus loin devant elle, attira son attention. Elle vit près de cet endroit que des épis de blés étaient couchés. Quand elle avait inspecté son champ, elle n'y avait pas cela. Cheval + épis couchés, la conclusion fut rapide dans l'esprit de Margot : une sorcière était là. Lors sort la fit s'évanouir dans son champ.  
Margot fronça les sourcils face à sa soudaine stupidité : les sorcières n'avaient pas besoin de cheval pour voyager ! Peut-être pour manger, mais pas voyager !
Alors Margot tira deux autres conclusions : soit c'était un voleur, soit c'était des jeunes qui venaient batifoler dans son blé. Pour l'une comme pour l'autre hypothèse, la possibilité était grande car cela c'était déjà produit... et terminé par une victoire écrasante de Margot sur "l’envahisseur".

Margot descendit de son cheval et s'approcha doucement. Couteau en main, la fermière s'avança à pas de loup. Quand elle fut à hauteur du blé couché, elle vit un fainéant qui était en train de dormir sur un confortable matelas de blés plus vraiment bon à être récolté.

Un squatter ! Dans l'ordre des choses que Margot n'appréciaient pas voir sur sa propriété, le squatteur était en troisième position, à égalité avec les profiteurs, derrière la sorcière qui était le top 1, et le voleur en top 2.

Margot se pencha au-dessus de la vermine qui souillait son magnifique blé, tout en lui piquant le torse avec le bout de son couteau.

- Debout sale squatteur ! Hors de mon blé ou je te tronçonne comme de la saucisse !
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Gribouille


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MessageSujet: Re: L'oeil du fermier vaut fumier.   Mar 3 Nov 2015 - 14:46

Prince cligna des yeux en fixant un peu bêtement le couteau pointé sur son torse. Et se retint de pousser un très, très gros soupir.
Vingt-quatre heures, hein ? Mon oeil. Même pas cinq minutes on te laissera un peu tranquille.
En fait, lui c'était pas des fées qui s'étaient penchées sur son berceau, c'était une sale sorcière qui l'avait condamné à devoir rendre des comptes à la terre entière jusqu'à la fin de ses jours. D'ailleurs sur sa tombe c'est pas RIP qu'on écrira, c'est une liste de tous les devoirs qui lui incomberont en tant que royal fantôme de sa lignée. D'ailleurs, autant se jeter d'une tour tout de suite, il risquerait de prendre du retard dans ses tâches posthumes sans ça...

Bon, en attendant il faudrait quand même voir à réagir à la situation présente. Visiblement, il avait "squatté" le blé d'une donzelle pas très commode qui s'amusait à menacer les gens qu'elle ne connaissait pas (et sans doute aussi ceux qu'elle connaissait, qui sait ??) avec un couteau bizarre. Prince observa un instant ladite donzelle un peu tarée puis prit le parti de se relever, lentement et sans mouvement brusque - ce qui était quand même compliqué avec un couteau à moitié enfoncé dans le torse, vous en conviendrez.
De toute évidence, ses propres cheveux couleur des blés, ses yeux bleus azurs un peu perdus et sa petite fossette au menton ne lui faisaient aucun effet - pour une fois. Si la situation n'avait pas été aussi ridiculement théâtrale... et potentiellement dangereuse pour lui, il en aurait presque ri.

Après s'être relevé tant bien que mal, avoir à moitié enlevé les épis de blés coincés dans ses cheveux et s'être un peu écarté du blé si vaillamment défendu, Prince parvint à décoller son torse de la pointe du couteau menaçant, en gardant les mains levées à hauteur du ventre. Il remarqua que le blé s'était un peu écrasé sous son poids. Si c'était du blé destiné à la consommation (à l'origine), c'était sans doute embêtant. Il faudrait peut-être qu'il s'excuse...

Et Rex qui continuait tranquillement à brouter son herbe de son côté, comme si son maître n'était pas en train de se faire menacer par une folledingue avec un couteau. Saleté de cheval.
Prince devait avouer qu'il ne savait pas trop comment réagir. Dans sa formation militaire, on lui avait appris à prendre des décisions rapides, efficaces et décisives en fonction d'une parfaite connaissance du terrain où il se trouvait et des individus qu'il pouvait y rencontrer.
Il n'avait aucune idée d'où il se trouvait - jusqu'à présent, il pensait simplement être dans un champ abandonné de la campagne - donc il n'avait aucune idée d'à qui il pouvait avoir affaire.
Super.
Son père serait tellement fier.
Ah, mais c'est vrai que son père l'avait sans doute déjà radié des livres d'histoire pour les seize générations à venir de toute façon.

Fort de ces réflexions parfaitement non-constructives, Prince finit par demander, parce qu'il ne voyait vraiment pas quoi faire d'autre :
- Excusez-moi, mais, euh... vous êtes qui ?

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Dernière édition par Gribouille le Dim 6 Déc 2015 - 19:57, édité 1 fois
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Siana


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MessageSujet: Re: L'oeil du fermier vaut fumier.   Lun 23 Nov 2015 - 11:55

Margot écarquilla les yeux face à la réponse que lui donna le blondinet ? C'était tout ce qu'il trouvait à dire ? S'il voulait s'excuser, c'était d'avoir aplati son blé, rien de plus.

- Je suis la propriétaire du blé que vous êtes en train de souiller,
répondit sèchement Margot.

Le blondinet avait réussi à franchir sa barrière. Soit il était humain, soit c'était un sorcier très puissant qui avait pu enjamber la barrière magique mais pas assez puissant pour rester debout et qui s'était alors écroulé dans le blé, affaibli par la magie de la fermière.

Pour s'assurer qu'il était bien humain, Margot saisit le squatteur par le poignet sans pour autant le serrer. Un simple contact peau à peau avec le  blondinet permettrait à Margot de savoir s'il était humain ou sorcier. Les sorcières et les sorciers n'aimaient pas trop que Margot les touche. Bizarrement, cela leur faisait plutôt du mal.

Margot attendit une seconde ou deux, mais rien ne se produisit. A part un regard hébété sur le visage du squatteur.

Il était donc humain. Margot le relâcha et se sentie soulagée, mais toujours en rogne.

- Et vous, vous êtes qui et vous faites quoi ici ? Des barrières autour du blé, cela vous fait pas dire que c'est une propriété privée ? Vous entrez quand même ? Vous avez été élevé avec des cochons ou quoi ? Même eux seraient mieux élevés.
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Gribouille


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MessageSujet: Re: L'oeil du fermier vaut fumier.   Dim 6 Déc 2015 - 20:19

Prince laissa retomber son bras en refoulant à grande peine un fou rire monumental.
Elevé avec des cochons.
Des cochons.
C'était ça. C'était tout à fait ça. Des cochons royaux qui auraient sans doute décapité la folledingue sans sommation pour contact illicite avec un membre de la famille royale, mais des cochons tout de même. Des cochons gros, gras et grognants. D'énormes cochons roses, qui grognaient tout, tout, tout le temps.
Marie sainte mère de Dieu.
Prince serra les lèvres, ferma les yeux et eut un tressaillement d'épaules qui pourrait sans doute passer pour un élan de culpabilité. Il avait beau râler, il se sentait tout à coup terriblement léger. Tout ceci était tellement rafraîchissant ! Sous les couleurs du soleil couchant, c'était même presque poétique.

Bon.
C'était pas tout ça, mais il s'agissait quand même de se reprendre. Au vu du déroulement des évènements, le plus simple - et le plus intéressant - était sans doute de continuer à faire l'idiot. Mais d'abord, calmer la folledingue.

- Ecoutez, je suis désolé d'avoir écrasé votre blé. Honnêtement, je n'avais pas vu la clôture. Mon cheval non plus d'ailleurs. (Comme quoi...) Cela fait plusieurs jours que je voyage, au hasard je dois l'avouer, à travers champs, et je n'ai aucune idée de l'endroit où je suis. (Et je n'ai aucune envie de le savoir, d'ailleurs.) Si cela peut vous apaiser, je m'engage à réparer mon tord par n'importe quel travail que vous jugerez bon de me faire faire. (Et puis je vous conseille de prendre un ou deux cachets de Xanax, aussi.)

Prince avait toujours les mains ouvertes au niveau du ventre en signe de paix. Il espérait qu'avec ça, madame folledingue la propriétaire foncière accepterait de se calmer un peu - parce que bon, pour réjouissante que la situation était dans sa nouveauté, rien ne l'empêchait de devenir très vite carrément relou.

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MessageSujet: Re: L'oeil du fermier vaut fumier.   Ven 26 Fév 2016 - 9:34

Margot fronça les sourcils et se redressa, sans pour autant ranger son arme. Ce type était louche et elle sentait qu'il se payait sa tête. Ne pas voir la barrière ? La bonne blague ! Pour entrer dans le champ, il fallait bien qu'il l'enjambe cette barrière... alors comment l'enjamber sans la voir ni la toucher ?

Margot tapotait sa cuisse droite avec le côté plat de la lame de son couteau et considéra l'homme et son offre de "réparation". La moisson du blé allait bientôt arriver et une main d’œuvre gratuite n'était jamais de trop. Mais restait la question du gîte et du couvert. S'il dormait à la belle étoile après plusieurs jours de voyage, c'est qu'il ne logeait pas dans le coin. Margot sentit la chose venir. Il allait lui demander un toit où dormir. Cela ne l'enchantait guère, mais d'un autre côté, elle l'aurait à l’œil plus facilement en l'ayant chez elle. Ou du moins... sur la propriété...

Margot rangea son couteau et dit :

- Vous dormirez dans la grange. En espace y est aménagé en mezzanine pour les saisonniers. Vous commencerez à 5h demain matin pour aider à la traite des vaches et à leur mise en pâturage. Ensuite vous nettoierez la vacherie et la porcherie. Si vous êtes dans les temps, après ces trois tâches, ce sera l'heure du déjeuner. Maintenant suivez-moi.

Ni une ni deux, Margot retourna à son cheval et trotta jusqu'au cœur de la propriété : sa maison, entourée d'un grand potager, de la grange, de la porcherie et de l'écurie.

Elle conduisit l'homme jusqu'à l'écurie. Elle retira la selle de son cheval, le soigna.

- Vous pouvez mettre votre cheval dans ce boxe, dit-elle en pointant un espace libre. Et il va me falloir votre nom...
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MessageSujet: Re: L'oeil du fermier vaut fumier.   Ven 29 Avr 2016 - 22:08

Prince accusa le coup.
Il avait vaguement l'impression de s'être fait royalement avoir (haha). Madame folledingue serait-elle une émissaire secrète de son paternel omnipotent (sachant très, très bien jouer la comédie) ?
Mmh, cela paraissait peut probable. Si elle avait connu son rang, elle ne se serait sans doute pas permis de lui enfoncer à moitié un couteau dans le torse.
… Si ?
En attendant, elle s'était bien empressée de saisir l'énorme perche qu'il lui avait tendue comme un bon gros blaireau obligeant. D'une simple proposition de travail ponctuel en guise de réparation de tords, il se retrouvait soudain employé saisonnier de l'une des plus grandes exploitations agricoles du coin, de ce qu'il pouvait en voir (le champ de blé qu'il avait commis l'énooorme erreur de croire abandonné n'en étant qu'une lointaine extrémité. Tu m'étonnes que la folledingue a besoin d'un cheval pour faire le tour de sa propriété).
Sauf que visiblement, il n'était pas question qu'il soit payé, ce qui le réduisait donc au rang d'esclave saisonnier.

Prince repoussa avec mélancolie sa réflexion sur la spectaculaire et fulgurante chute de son rang social, et se reconcentra sur les données pratiques du moment.
A bien y réfléchir, la position d'esclave en CDI n'était peut-être pas si mauvaise que ça, au vu des circonstances.
Il n'était pas stupide, il se doutait bien qu'avec l'ensemble des forces royales du pays à ses trousses il n'aurait dans tous les cas pas pu continuer à gambader en plein nature bien longtemps.
Se cacher au milieu d'un groupe d'ouvriers agricoles dormant dans la paille pouvait être une bonne idée. Si le travail commençait effectivement à 5h du matin et était aussi épuisant qu'il le supposait, personne n'aurait d'énergie à perdre à venir lui poser des questions. Celle qui avait décidé de l'employer (plus ou moins) de force semblait de son côté définitivement convaincue d'avoir affaire au plus méprisable des culs-terreux.
Il pourrait essayer de se faire pousser la barbe (vu la haine sans nom que ses poils faciaux avaient suscité jusqu'à présent, il n'était pas sûr qu'ils acceptent aussi facilement de se risquer à nouveau à l'air libre mais on pouvait toujours rêver), et porter un chapeau de paille bien large.
Et puis, la question du gîte et du couvert était résolue, du moins pour quelque temps.

Non, vraiment, tout ceci n'était peut-être pas si mal.
Sauf, bien sûr, qu'il allait devoir travailler sous les ordres d'une folle complètement hystérique.
Prince se risqua à jeter un coup d'oeil à sa nouvelle employeuse, occupée à soigner son cheval. Il descella lui-même Rex, qui boudait comme un gamin depuis qu'on l'avait obligé à renoncer à tondre la moitié du pays, et commença à l'étriller.

- Vous pouvez mettre votre cheval dans ce boxe. Et il va me falloir votre nom…

Prince se figea un instant puis repris sa tâche comme si de rien n'était en étouffant la vague de panique qui venait d'émerger.
Un nom. Bien sûr, un nom. La question était d'importance. Ou pas ? Il ne savait pas vraiment. Il avait lui-même encore un certain chemin à parcourir sur la question de l'importance d'avoir un nom…
Puis il réalisa qu'enfin, pour la première fois de sa vie, il avait l'occasion de se donner lui-même un nom, un vrai. Il aurait aimé avoir le temps d'y réfléchir, de choisir proprement, mais il sentait qu'il valait mieux ne pas trop faire attendre madame folledingue.
Il laissa donc sa bouche décider d'elle-même...

- Filibert.

… et le regretta instantanément.

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MessageSujet: Re: L'oeil du fermier vaut fumier.   Dim 12 Juin 2016 - 15:27

Margot resta dubitative face à ce prénom ridicule qui ne sentait en rien la campagne. Elle fronça les sourcils et dévisagea l'homme. D'une, il n'avait pas une tête de type de la campagne. De deux, il avait un nom qu'elle avait déjà entendu chez les bourgeois de la ville. De trois, il le sentait pas. Mais tant pis. Il devait payer et quitte à suivre sa supercherie, il deviendra Filibert le décapeur de plancher de la porcherie. Et puis, elle comptait bien en toucher deux mots à l'ouvrier qui serait son superviseur.

- Soit... Filibert... laissez votre monture ici et suivez-moi dans la grange. Je me chargerai de le libérer de sa selle quand je m'occuperai de mon cheval. Allez plutôt vous coucher, une grosse journée  vous attend demain.

Margot tourna les talons et fonça au fond de l'écurie. Elle poussa une porte qui donnait directement sur la grange. Dedans, les vaches et les veaux étaient déjà prêt à passer la nuit en sécurité. Margot montra les escaliers menant à la mezzanine, où du bruit émanait. En haut, des ouvriers étaient installés dans leur hamac. D'autres jouaient aux cartes. Certain se faisaient un brin de toilette dans une cuve commune remplie d'eau chaude, chauffée grâce au poêle à bois.

Le brouhaha cessa quand ils virent Margot.

- Voilà un petit nouveau, dit Margot en attrapant Filibert par la manche de son haut et en le poussant vers les autres ouvriers. Je compte sur vous pour vous occuper de lui. Il bossera à la vacherie et la porcherie pour le matin. Selon ce qu'il vaut, il continuera ou fera autre chose.

Margot descendit deux marches et s'arrêta.

- Au fait, c'est Monsieur Filibert...

Margot descendit le reste des marches tandis que des éclats de rire retentirent. Margot quitta rapidement la grange pour rejoindre l'écurie et farfouiller sur le cheval de Monsieur Filibert.
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MessageSujet: Re: L'oeil du fermier vaut fumier.   Jeu 28 Juil 2016 - 15:36

A sa grande surprise, Prince découvrit qu'il était très agréable de dormir dans un hamac (nettement plus que sur une branche d'arbre, en tous cas). Son voisin, qui tomba au moins deux fois dans la nuit et poussa moult jurons incompréhensibles, ne pouvait sans doute pas en dire autant, mais pour sa part il appréciait parfaitement cette nouvelle commodité. Il faudrait qu'il s'en procure un avant de repartir battre la cambrousse. Ca résoudrait le problème de l'herbe.

Bon, côté ronflements et odeurs, c'était moins top, c'est clair. Du coup il n'avait pas eu trop de mal à se lever à l'aube, pour cette fois. Il n'était pas sûr d'être aussi frais et dispo le lendemain matin, avec une journée de travail dans les pattes.
Prince avait eu un regard sceptique pour la bouillasse informe qu'on lui avait servie avec un bout de pain en guise de petit déjeuner, mais il ne tiendrait pas la journée le ventre vide, alors il y goûta quand même. C'était …mangeable. Bizarre, mais mangeable.

Côté travail, l'avantage c'est qu'il ne fallait pas avoir fait bac +5 pour comprendre ce qu'on attendait de lui. D'abord, il fallut remplir les auges des vaches de foin. Bon appétit ! Ensuite, il s'agissait de nettoyer l'espace libéré dans les enclos : ramasser les bouses agglutinées à la paille, mettre de la paille neuve par dessus ce qui restait de l'ancienne, vérifier que les abreuvoirs étaient remplis, changer les blocs de sel usés, vérifier au passage qu'aucune bête ne présentait de comportement inhabituel…
Bon, à vrai dire, il ne savait pas vraiment ce que représentait un comportement inhabituel chez une vache. Mais enfin il n'était pas tout seul non plus, et puis tant qu'aucune ne se retrouvait sur le dos à agiter les pattes en beuglant du yiddish, il se dit que ça devait aller.

Ensuite, ce fut au tour de la porcherie. Il aurait eu du mal à dire ce qui était pire question odeur, mais celle-ci fut nettement plus fatale à ses vêtements. Au bout d'une mâtinée, il n'était déjà plus très sûr que le bas de son pantalon soit récupérable. De toute façon, il faudrait qu'il commence par apprendre à laver ses vêtements…

Prince leva les yeux vers le ciel à travers la porte de la porcherie. Vu la place du soleil, il ne devait pas être très loin de midi. Il se redressa et fit craquer son dos douloureux. Ca allait être une vraie partie de plaisir, cette petite partie d'esclavagisme saisonnier... Il s'accorda un petit moment pour souffler. Un cochon vint lui renifler le pied d'un air affable. C'était ce qui ressemblait le plus à une interaction sociale depuis le début de sa journée. Après s'être joyeusement gaussés de son nom et avoir essayé de le charrier pendant une partie de la soirée, les autres saisonniers avaient assez vite abandonné face à son manque de réactivité.
Prince avait décidé d'adopter une stratégie très simple, à la fois pour ne pas se faire trop emmerder et ne pas dévoiler d'informations sur lui-même par inadvertance : le mutisme.
En plus, il n'avait pas encore pardonné à sa bouche le coup du Filibert.

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MessageSujet: Re: L'oeil du fermier vaut fumier.   Lun 5 Sep 2016 - 20:30

Margot s'occupa d'abord de son cheval. Elle le chouchouta et s'attela ensuite à celui de Monsieur Filibert. Elle le libéra de sa selle, lui nettoya les sabots. Elle les trouva d'ailleurs immondes et mal entretenus. Puis, elle le brossa. Qu'est-ce qu'il était poussiéreux ! Décidément, Monsieur Filibert n'était pas doué dans l'entretien d'un cheval. Margot commença même à s'inquiéter pour son cheptel. Elle balaya l'idée de mauvais soins en se disant que ses employés veilleraient au grain. Une fois le cheval installé dans un box garni de paille fraiche et à l'auge bien remplie, elle s'installa sur un tabouret près du cheval de Monsieur Filibert pour farfouiller dans la sacoche de la selle. Sa quête fut brève tant le contenu était inintéressant. Déçue, elle remit la sacoche en place. Son invité devait garder sur lui les choses intéressantes.

Margot quitta l'écurie et rentra chez elle. Après un bon bain et un repas léger, elle s'installa près de la cheminée, qu'elle alluma, pour lire un passage d'un livre de sorcellerie. Une fois son chapitre lut et assimilé, elle emporta son livre au lit et le cacha sous son matelas. Elle déposa son arme sous son oreiller et se coucha pour une bonne nuit de sommeil.

Le lendemain, elle s'attela à sa tâche principale du matin : le marché et les livraisons. Tous les matins, elle s'absentait avec la carriole pleine de produits frais de la ferme. Elle ne revenait jamais avant midi et son retour sonnait l'heure du déjeuner pour l'ensemble des ouvriers agricoles. Il y avait une tradition à la ferme : le déjeuner était pris ensemble. Les ouvriers dans les champs se regroupaient et mangeaient sur une table improvisée avec des tréteaux apportés avec le repas par des femmes des ouvriers de la ferme, elles-même généralement embauchées par Margot pour des travaux parfois tout aussi physique que celui des hommes. Quant aux ouvriers qui se trouvaient au plus près de la ferme, ils mangeaient ensemble, avec Margot, soit sur une grande table elle aussi improvisée, installée dans la cour lors des beaux jours, soit dans la grange quand il fait plus froid.

Quand Margot fit son retour à la ferme, après être partie à l'aube pour le marché et les livraisons, les femmes présentent sur la ferme installèrent la grande tablée tandis que d'autres terminaient de préparer le repas collectif. Et par repas, il ne fallait pas entendre bouillon clair et pain. Ce jour-là, le repas était composé d'une bonne soupe de légumes verts en entrée, suivie d'une omelette aux champignons et aux pommes de terres accompagnée de salade, et en dessert, une salade de fruit servie sur une part de brioche.
Margot était certes une patronne exigeante avec ses employés. Mais elle ne lésinait pas sur les repas et les soins médicaux. C'est pour ça que les saisonniers frappaient nombreux à sa porte, malgré le fait qu'ils dormaient dans une grange, et que les employés sous contrat, provenant de la campagne et du village, ne rechignaient pas à la tâche et ne se plaignait pas de travailler sous les ordres d'une femme. Ils finissaient même par être exigeants avec eux-mêmes. Alors au final, rares étaient les fois où Margot poussait une gueulante, ce qui rendait le travail plutôt agréable à la ferme.

Margot laissa la carriole à un saisonnier qui s'occupa de la décharger des caisses vides et du peu de produits qu'il restait.

- Tu mets les légumes restant sur la table et tu y apportes les paniers,
ordonna Margot au saisonnier, qui s'exécuta.

Sur la table, se trouvait deux caisses remplies de légumes un peu abimés par le marché et donc invendus. Elle étala sur la table cinq paniers en osier. Chacun d'eux représentait une famille d'ouvriers agricole qu'elle embauchait, du père aux fils, en passant par la mère et les filles. Elle remplit équitablement les paniers avec les légumes et posa une étiquette avec le nom d'une famille différente sur chaque panier. Il y avait quinze familles différentes sur l'exploitation. Tous les trois jours, un groupe de cinq familles recevait un panier plus ou moins rempli selon les restes.

- Marthe ! s'écria Margot.

Une femme bien portante, le tablier recouvert de farine, sortit de derrière la grange d'où émanait une odeur de brioche et de pain. Elle travaillait au moulin de la ferme.

- Ton panier est un peu moins rempli que les autres,
dit Margot en tendant un panier contenant trois carottes, deux courgettes et un oignon, de quoi faire un petit potage.

L'employée sourit timidement, n'osant pas protester face à l'inégalité qu'elle subissait.

- Je veux que tu ailles au séchoir et que tu y prennes le jambon fumé qui est posé sur la table de découpe. Il est bien entamé mais ce qu'il reste compensera largement le manque de ton panier. Un peu de protéine sera bien pour la fracture de ton fils.

L'employée afficha cette fois un large sourire radieux. Du jambon ! C'était si rare dans les paniers généralement remplis de légumes, de fruits et d’œufs.

- Merci M'dame Margot ! Merci !

- Où en est le repas ?

- Il est prêt, M'dame Margot. J'appelle tout le monde ?


Margot hocha positivement la tête et s'installa à sa place, en bout de table. L'employée repartit avec son panier peu et petit à petit, des ouvriers agricoles et des saisonniers arrivèrent et s'installèrent à table, après avoir convenablement salué leur patronne. Dès que Monsieur Filibert approcha, Margot ne le lâcha pas des yeux. Elle l'interpela et lui montra une place toute désignée pour lui, non loin d'elle. Seulement quatre employés les séparaient. La cour de la ferme était animée. Les cuisinières apportèrent la soupe et servirent la tablée animée et bruyante. Margot fut servie la dernière. Telle était la règle imposée par la jeune femme !
Alors que chacun engloutissait sa soupe tout en parlant bruyamment, Margot se contentait de faire tourner le potage dans son bol, tout en observant Monsieur Filibert. Elle ne décrocha pas un mot. De toute façon, elle parlait peu et quand elle parlait, c'était soit pour prendre des nouvelles de la famille des personnes assises au plus près d'elle, soit pour parler travail avec ses employés.

Tout d'un coup, Margot lâcha sa cuillère, s’avachit contre le dossier de sa chaise, croisa les bras et s'exclama :

- Monsieur Filibert !

Soudainement, tous les bruits cessèrent et tous les regards se tournèrent vers Margot.

- Comment s'est passée votre matinée à la vacherie et à la porcherie, Monsieur Filibert ? Demanda-t-elle en insistant bien sur les mots vacherie, porcherie et Monsieur Filibert. Il paraitrait que vous n'avez pas dit un mot depuis hier soir... Il serait regrettable de déplorer la perte de votre langue ! Monsieur Filibert.

Les regards de chacun sautèrent de Margot vers Monsieur Filibert. Il était scruté et sa réponse fortement attendue.
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MessageSujet: Re: L'oeil du fermier vaut fumier.   Sam 8 Oct 2016 - 16:10

HRP:
 

Prince ne fut pas mécontent d'entendre sonner la soupe. C'est plus lourd qu'on ne pense, la bouse de vache.
Il fit rouler ses épaules pour les détendre, posa sa fourche et suivit les autres saisonniers vers la cour de la ferme. Des hommes et des femmes se croisaient, s'interpellaient et s'installaient à table dans une joyeuse cohue. Il était parti pour s'installer à côté des hommes qu'il avait croisés en matinée, mais la Patronne en avait visiblement décidé autrement. Elle-même était installée en tête de table, silencieuse et indéchiffrable. Elle était d'un sérieux, cette nana. Ça lui arrivait de sourire, des fois ?

En observant l'animation des saisonniers autour de lui, Prince se mit à penser qu'elle n'était peut-être pas aussi tyrannique qu'elle en avait l'air, pourtant. Il avait croisé une femme portant un panier de légumes, l'air ravi, sur le chemin du déjeuner, qui lui avait parlé un peu des traditions du lieu. Tout le monde semblait vouer respect et gratitude à la Patronne – malgré ses manières franchement brutes de décoffrage.
Ca lui rappelait un peu les parties de chasse informelles avec les chevaliers du royaume. Sauf qu'alors il était prince et n'avait jamais vraiment fait partie du groupe. N'aurait jamais pu.

- Monsieur Filibert !

Prince sursauta et faillit lâcher sa cuillère. Visiblement, il n'avais pas le seul à avoir été surpris. Un silence étrange se répandit dans la cour, après le bazar organisé qui y avait régné.

- Comment s'est passée votre matinée à la vacherie et à la porcherie, Monsieur Filibert ? Il paraitrait que vous n'avez pas dit un mot depuis hier soir... Il serait regrettable de déplorer la perte de votre langue ! Monsieur Filibert.

Prince avala la gorgée de soupe qu'il avait encore dans la bouche, pris de court. Qu'est-ce qu'il lui prenait ? Elle avait croisé les bras en reculant dans sa chaise, comme si elle s'apprêtait à passer un savon à un vilain petit garçon crotté. Non, en y réfléchissant, elle avait plutôt l'ait de s'amuser. C'était ça, son truc ? Prendre un plaisir sadique à harceler les gens en plein milieu de leur repas ? Un bon repas, en plus. Mais ça faisait peut-être partie du truc. Donner de la bonne nourriture aux gens pour les empêcher ensuite de la manger.
En tous cas, elle avait décidément un truc contre lui. Folledingue.

L'ensemble de la tablée (et quelle tablée!) les regardaient, et il se dit qu'il serait peut-être de bon ton de répondre, d'une façon ou d'une autre.

- Et bien… ça s'est… bien passé. Je crois que les cochons m'apprécient.

Il récolta un ou deux ricanements, et même quelques sourires.

- Mais il est vrai que ma langue rechigne à se délier quand on ne l'appâte pas avec un bon repas, poursuivit-il en souriant lui-même.

Prince se dit que ça devrait aller. Il lui rentrait un peu dedans (c'est vrai quoi, il n'allait pas se laisser faire indéfiniment !) tout en complimentant le repas. Elle ne pouvait pas se mettre en rogne pour ça, si ?

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Siana


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MessageSujet: Re: L'oeil du fermier vaut fumier.   Lun 31 Oct 2016 - 19:04

Margot dévisagea le nouveau venu et écouta sa réponse. Elle décroisa les bras et prit sa cuillère à soupe. Tandis que Filibert expliquait que les cochons l'appréciait, Margot prit une cuillerée de soupe. A ce moment, une petite blague fusa de la bouche de l'homme assis à la droite de Margot. L'homme murmura que les cochons savaient reconnaitre l'un des leurs. Là, Margot eut un pouffement qu'elle ravala rapidement pour se concentrer sur sa soupe et sur les propos de Filibert. Puis le nouveau loua les qualités du repas. Les cuisinières sourirent et fanfaronnèrent. Un coin de lèvre de Margot se souleva, signe qu'elle esquissait un sourire.

- Alors profitez de ce repas, Monsieur Filibert !
déclara Margot. Que votre langue se régale. Profitez-en bien car la journée n'est pas terminée. Cet après-midi, vous aiderez Arrigo - Margot montra du doigt un vieux monsieur assis à l'autre bout de la table - à surveiller les vaches au pré et à les ramener ce soir à l'étable.

Le pépé sauçait son assiette à soupe avec un crouton de pain qu'il donna à manger au chien de troupeau. Il n'avait pas remarqué qu'on parlait de lui. Quelqu'un, à côté de lui, lui donna un coup de coude et lui répéta fortement à l'oreille ce que Margot venait de dire.

- Je compte sur vous pour surveiller un peu plus que les vaches, dit Margot en s'adressant plus particulièrement à Filibert et en pointant Arrigo avec sa cuillère à soupe.

Margot esquissa un nouveau levé de coin de lèvre et le brouhaha reprit.

- Prévoyez-vous une activité pendant votre après-midi de surveillance au pré, le temps risque de vous semblez long, dit Margot. Arrigo ! s'écria Margot. Tu as de quoi occuper le petit ? demanda-t-elle en parlant pour se faire entendre par-dessus le brouaha.

Le voisin répéta au pépé ce que Margot lui disait. Le petit vieux sortit un jeu de carté plus très jeune de sa poche et l'agita au-dessus de sa tête, un sourire radieux sur le visage.

- Vous savez maintenant ce qui vous attend, Filibert ! J'espère que vous êtes au clair avec les règles de la crapette et que vous n'avez pas les poches vides. Arrigo est un joueur expérimenté et il aime bien miser quelques pièces.
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MessageSujet: Re: L'oeil du fermier vaut fumier.   Ven 7 Avr 2017 - 21:10

Un « joueur expérimenté »… une vraie crapule ouais ! Ce vieillard complètement maléfique jouait au papi débile pour mieux vous plumer quand vous ne regardiez pas !
Enfin, au moins, ça changeait des manigances maritales des princesses, des pères et mères de princesses, des servantes de princesses, etc. Prince sourit. Il aimait bien Arrigo, dans le fond. Un vieil homme qui se contentait de peu : un pré, des vaches, un chien, un jeunot à détrousser, il était content. On aurait dit qu’il vivait à la ferme depuis plus longtemps que la patronne elle-même.
Prince repensa à la patronne en question. Elle aussi, on pouvait dire qu’elle le changeait de ses fréquentations habituelles ! Même si elle était carrément lourdingue. Et effrayante. Sans blague, son visage exprimait tellement peu de choses qu’il paraissait presque mort sur un corps vivant. Prince avait sacrément du mal à la cerner. Il se prit à se demander quelle était son histoire, pour devenir ce qu’elle était (même si c’était un mystère). Et puis il se dit qu’il valait peut-être mieux ne pas le savoir…

La pensée de ses corvées à venir chassa le reste de ses considérations, et il grogna. Parce que bien sûr, il n’avait pas d’argent, lui, donc le pépé Arrigo, il n’avait rien trouvé de mieux que de miser les corvées et, comme établi ci-dessus, le pépé Arrigo était une fripouille. Rien qu’à l’idée des jours à venir, Prince avait mal dans tout son corps…
Et pourtant, il se surprit à sourire.

HRP ::
 

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MessageSujet: Re: L'oeil du fermier vaut fumier.   Dim 7 Mai 2017 - 20:16

Margot continua son repas dans le silence. Les ouvriers agricoles et leurs discussions parfois mouvementées suffisaient pour faire du bruit. Margot se terra alors dans son habituel mutisme montrant qu'elle était concentrée sur quelque chose d'autre, dans sa tête. Quelque chose qui échappait à beaucoup de monde autour de la table. Mais, parmi celles et ceux qui ignoraient que Margot était la Dame Vengeresse, peu se souciait de ce qui pouvait tracasser leur patronne. Ils se contentaient de ce qu'il savait : malgré sa personnalité étrange, elle payait bien, aidait la famille en cas de besoin. Pour ceux qui savaient qui elle était, après l'avoir découvert par hasard ou par Margot elle-même, ils se doutaient qu'elle réfléchissait à quelque chose lié à son activité secrète.

Alors que le dessert allait être servi, Margot se leva brusquement et tout le brouhaha cessa. Les regards se tournèrent vers elle.

- Bon dessert et bon après-midi à tous. Si vous avez un souci, vous me trouverez à la lisière de la forêt, dit-elle rapidement, le visage tendu.

Quasiment tous remercièrent leur patronne et reprirent leur repas comme si de rien n'était. Ce qui savaient se regardèrent avec inquiétude. Ce visage, ils le connaissaient pour l'avoir vu chaque fois que les protections magiques de Margot étaient attaquées, brisées ou franchies par une créature magique. Pépé Arrigo était de ceux qui savaient. Sur son visage, la même inquiétude s'afficha.

Margot quitta la tablée dès que le bruit reprit et s'éloigna dans la grange. Elle enfourcha son cheval, toujours prêt pour un départ précipité. Elle traversa la cour de la ferme au galop, passant près de la tablée où tous mangeaient.

- Petit, on va pas trainer, prend ta part de tarte, on va la manger en chemin. Il faut qu'on retourne au champ pour rentrer les vaches le plus vite possible. C'est tôt, tu vas me dire, et c'est pas ce que la patronne a dit. Mais crois-moi, faut le faire tout de suite quand même, c'est plus prudent. Oublie les cartes, Petit, je te plumerai plus tard !

En un rien de temps, le papi se leva, prit son dessert et se hâta de quitter la cour de la ferme pour rejoindre le pâturage où étaient les bêtes. Le pâturage était près de la lisière de la forêt. Pépé Arrigo se hâtait comme s'il avait le feu aux fesses !

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