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 [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?

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Siana


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MessageSujet: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Dim 14 Sep 2014 - 17:01

Plan appartement:
 

La routine.
Laure disait n'en avoir aucune.
Elle disait vivre au jour le jour, en fonction de ses délires d'artiste. Elle affirmait que les jours se suivaient mais ne se ressemblaient pas.
Erreur. Elle avait deux routines : celle quand elle avait ne vivait pas seule et celle des autres jours.
Les jours de la deuxième étaient tous fait sur le même schéma.
Un petit-déjeuner digne d'une adolescente, avec céréales, lait, jus de fruits et cochonneries chocolatés et sucrées. S'en suivait un break reposant pour le cerveau, composé d'un florilège de sitcoms tous issus du Club Dorothée. Puis quand vint l'heure du déjeuner, Laure ouvrait la première boite de conserve qui lui tombait sous la main. Le hasard guidant sa main dans le placard à conserves permettait de rompre la routine alimentaire ! Ensuite, l'après-midi continuait avec divers divertissements télévisuel qui ne se terminaient que tard dans la soirée, jusqu'à ce que la fatigue se faisait sentir. De temps à autre, elle flânait dans le parc de la Villette, qu se trouvait juste à côté de l'appartement.
Si ça, ce n'était pas de la routine !
Quand travaillait-elle ? Uniquement quand l'inspiration lui venait. Autrement dit : à tout moment, à toutes heures du jour et de la nuit. D'où l'importance d'avoir un carnet à croquis dans les cabinets !

Avec l'arrivée de la Délégation Terre, Laure pensait que son quotidien allait être bouleversé. Nouvelle erreur ! Sa routine était toujours là.

Mais ce matin-là, Laure se leva sans imaginer que sa journée allait être totalement bouleversée.
Déjà, elle ne se leva pas du bon pied. Elle avait mal dormi. Toute débraillée, dans son pyjama d'homme customisé, les cheveux hirsutes, les yeux à demi-fermés et le pas trainant, Laure quitta sa chambre pour aller errer vers la cuisine,et au final ne rien manger. Elle avançait comme un zombi. Ressemblait à un zombi. Faisait les bruits d'un zombi. Si elle ouvrait la bouche, peut-être que l'odeur y était aussi !

Mais qu'est-ce qui avait bien pu la mettre dans un tel état. A en croire le désordre dans le salon, une fête avait dû avoir lieu. Laure ? Organiser une fête dans son antre ? Non. Pas possible. Laure ne fait pas beaucoup la fête. Et si elle devait le faire, cela n'allait surement pas être chez elle, au milieu de ses créations (terminées ou en cours), qui attendent ci et là dans l'appartement, sur des mannequins. Le salon portait tout de même les traces d'une soirée arrosée. Bouteilles de bières vides, paquets de chips entamés, cacahuètes renversées... Il n'y avait que deux verres sales sur la table basse. A qui appartenait donc le deuxième verre ?
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MessageSujet: Re: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Dim 14 Sep 2014 - 22:10

La place du Trocadero était bondée en ce milieu de matinée et le taxi avait mis plus d'une heure à se frayer un chemin jusqu'à l'appartement encombré qu'il squattait parfois entre deux reportages. Ethan soupira en réglant la course puis alluma nerveusement une cigarette en chargeant son gros havresac et son matériel photo sur ses épaules. Chargé comme un bourricot ! Encore heureux qu'il y ait un ascenseur pour accéder au palier de Laure, la blondinette qui avait accepté de lui louer une partie de son pied à terre. Il n'était pas un colloc très encombrant, plus souvent entre deux vols ou deux papiers, à courir le monde. Et lorsqu'il daignait s'accorder quelques vacances, il ne restait pas longtemps les deux pieds dans le même sabot. Souvent, il allait flâner l'objectif en bandoulière pour traquer la prise dans le Paris insolite, le fameux cliché qui faisait courir tout photographe qui se respecte.

Enfin, là, il était vanné et il avait vraiment besoin d'une douche après ce vol interminable de Canberra. Il avait des prises étonnantes mais finalement pour certaines, il aurait pu les prendre aussi bien à Paris, comme, par exemple les contre plongées de l'appareil de la Délégation. C'était la copie conforme de celui qu'il avait vu stationné au dessus de la capitale française. Insolite de penser que ce qui traçait un lien entre des horizons si différents était précisément une marque éminemment étrangère. Un vaisseau venu des confins de l'univers. Adam et sa clique étaient à présent plus familiers des dirigeants de cette terre que les chefs d'état ne l'étaient les uns des autres d'un hémisphère à l'autre. Ce consensus paraissait suspecte à Ethan qui avait un mal de chien à croire en l'humanisme de ces bienfaiteurs tombés du ciel. Les hommes avaient du mal à s'aimer eux-même, alors penser qu'ils pouvaient susciter la bienveillance des aliens... Fallait pas pousser.

Il s'extirpa de la cage d'ascenseur en passant de biais et pesta sur la non réponse de Laure à son sms. Bien sûr elle avait encore du mettre son portable en mode silencieux ou alors elle regardait un anim à fond le son. Bien la peine qu'il lui annonce son retour dès la descente de l'avion ! Ethan n'aimait pas déranger à l'improviste, même s'il était après tout un peu chez lui. Tout de même, elle pouvait être en compagnie. Enfin encore aurait-il fallu qu'elle ait une vie sociale. Elle ne sortait guère de son atelier et ne levait le nez de ses rouleaux de tissus et tables de coupe que pour aller faire un tour au parc. Aussi casanière que lui pouvait être globe trotter. Sans doute pour cela que leur collocation fonctionnait à merveille. Il tâta la poche de sa veste en toile pour extirper le trousseau et fit tourner la clef dans la serrure.


- Coucou Choupette! Je suis renté ! Il reste du brandy ? Les potes d'Adam ont pas tout bu quand tu les as invités ?Taquina-t-il en songeant à la vie trépidante de sa petite colocataire.Mon cheval pour ton royaume et pour un bon lit une bonne douche! Je suis mort! Ajouta-t-il en s'effondrant sur le canapé et en écrasant à moitié la jeune femme.
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Siana


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MessageSujet: Re: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Lun 15 Sep 2014 - 17:22

Un bruit de pas sur le palier, de clé dans la serrure, de porte qui s'ouvrait, de sacs posés au sol et un pouf dans le canapé et le "choupette". C'était tout ce que Laure avait capté. Elle leva les yeux doucement vers Ethan et lui dit :

- Salut Bouclette, marmonna-t-elle en extirpant la télécommande de sous ses fesses. Ton cheval n'est pas le bienvenue dans ma porcherie. Mais si tu acceptes de nettoyer tout ça avec moi, je te laisse prendre la salle de bain le premier.

Laure se leva, manqua de trébucher et continua sa course vers la cuisine, le pyjama toujours de travers. Elle prit un verre d'eau, deux comprimés pour la migraine et se tourna vers Ethan. Elle le dévisagea et ajouta :

- Tu as l'air plus frais que moi... C'est effrayant !

Puis son attention se reporta sur le bazar. Ethan s'absentait et retrouvait l'appartement en désordre. Habituellement, le désordre était causé par des tissus et des vêtements fraichement créés. Pas par des bouteilles vides et des cacahuètes écrasées.

- Et dire qu'on était que deux... quand je te dis que c'est pas bien de faire la fête chez soi et pas chez les autres !

Et elle fit le chemin en sens inverse, se laissant tomber dans le canapé, manquant de ratatiner Ethan.

- J'ai juste ouvert la porte à Suzzie... tu sais, la designer que j'ai rencontré le mois dernier. Je t'en ai parlé ou pas ? Bref, elle est passée, m'a refilé un tuyaux intéressant, on a pris quelques verres et le reste m'en souvient pas. Mais apparemment, c'est plus que quelques verres... Il parait qu'un défilé sur le thème de la Délégation se prépare pour une fête organisée par je-sais-plus-qui, pour je-sais-plus-quelle-oeuvre-de-charité... Y aura tout le gratin. T'imagine ! Y aura plein de monde, ds photographes, des journalistes de mode, des créateurs, des stylistes et designers. Faut que je me trouve un accès !

Laure voulait un accès. Mais si elle l'avait, y irait-elle pour autant ?
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MessageSujet: Re: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Lun 22 Sep 2014 - 13:15

Il se frotta le menton d'un air songeur. Suzzie ... Il avait le vague souvenir d'une brune plantureuse et excentrique qui était venue sonner à la porte à dix heures du matin, le seul jour du mois où il s'octroyait une grasse mat' et où Laure avait décidé de sortir s'aérer au parc. Il avait ouvert la porte en maugréant et avait subi l'assaut de la jeune femme qui avait encore le doigt planté dans la sonnette.

- Laurichou! Faut que tu voies ça! J'ai des croquis à tomber par terre. Les mecs en baveraient ... Suis sûre que tu vas en faire un truc canon ... Ahhh vous êtes pas Laure ...

- Perspicace !

Avait suivi le déballage du carton à dessin vaste comme une table de salon qu'elle tenait serré sous le bras. Ethan à moitié endormi ou réveillé, selon ce qu'on voulait voir dans le brun pas rasé, s'était réfugié vers la cafetière pour se préparer un breuvage chaud et salvateur. Il était revenu par politesse dans le salon et hochait la tête devant les dessins non dénués de talent que la jeune femme lui exhibait.

- Laure a du sortir et je ne sais pas quand elle va revenir. Avec les femmes, qui peut savoir. Mais tout cela m'a l'air fort intéressant et ne manquera pas de lui plaire.

Suite à cela, la dite Suzzie s'était présentée et lui avait bien recommandé de faire passer le message à Laurichou comme quoi elle était passée mais qu'elle avait un rendez-vous et ne pouvait s'attarder. Qu'elle était une vilaine cachottière de lui avoir caché un boyfriend si craquant. Suite à quoi la jeune femme s'était éclipsée, non sans lui avoir arrachée et sifflée sa tasse de café sous le nez. Encore abasourdi, le colocataire avait griffonné un post-it qu'il avait plaqué sur le frigo. Alors qu'il s'apprêtait à aller se recoucher, un type de Sigma l'avait appelé. Il devait décoller dans trois heures pour Tel-Aviv afin de couvrir un événement brûlant.

- Suzzie ... La fille brune avec le grand carton à dessin violet à élastiques rouges ? Hmmm Laurette ? Ôte moi d'un doute, tu as rempli le frigo quand pour la dernière fois ? Tu sais que c'est pas bien de te nourrir uniquement de plats chinois ou viet ? Je t'avais laissé un post-it ...

Il chatouilla méchamment sa colloc avant d'ajouter.

- Dis donc, tu peux enlever ton derrière de mon plexus solaire, que je respire. Tu sais que la couture de ton pyjama est de traviole et te rentre dans la ...

Il s'attendait à ce qu'un coussin balancé en pleine figure étouffa la fin de sa phrase.

- Ok, ok! Temps mort! Je veux bien t'aider à ranger ton gouge à cochons si tu vas faire des courses pour que je nous cuisine un vrai repas ce soir.

Il se releva et mesura l'étendue du sinistre. Il avait parlé un peu vite mais il comprenait très bien que Laure n'ait pu endiguer l'invasion Suzienne. Alors qu'il s'activait à ramasser les cadavres de bouteilles et à empiler les verres et coupelles vides, il ne put s'empêcher de sourire aux derniers mots de sa logeuse

- Le Défilé est parrainé par D&G et il y aura ce créateur japonais que tu aimes tant et il est organisé pour Terre et Vie, l'association qui milite contre les dépotoirs de déchets industriels dans les pays du tiers monde. Bien sûr Adam et sa bande ont assuré qu'ils avaient les moyens technologiques de ratisser tous les rejets des pauvres humains que nous sommes et d'en faire des guirlandes de fleurs ... On devrait peut-être leur demander le tuyau non ? Pour ton appartement ?

Voyant que la menace du coussin s'était muée en un repli stratégique vers son matériel de photo, il enchaina promptement.

- Devine qui a des invitations et qui va couvrir l'évènement pour AFP ? Pourquoi crois-tu que je rentre d'Australie en catastrophe? Oui oui, je trouve ça louche aussi mais je pense que quelque chose de plus crucial se trame derrière tout ça. Tu sais qu'il y aura tout le gotha réuni lors de ce défilé ? Les présidents des membres du G20 et leurs épouses, les princes arabes, les pontes russes , les dignitaires chinois et j'en passe...

Il se dirigea vers la cuisine avec son chargement de vaisselle en bousculant Laure au passage et , ayant tout posé, s'appuya, les épaule soudain voûtées de lassitude, contre le rebord de l'évier. Essayant de masquer le souci qui l'habitait, il poursuivit sans se retourner.

- Je suis pas certain que tu doives y aller ... il y aura plein de monde.

Il regrettait déjà de lui avoir lâché toutes ces infos et de l'avoir tentée, peut-être, juste pour briller à ses yeux. Regret qui le mena à se demander pourquoi, premièrement, il avait envie de briller aux yeux de Laure, et deuxièmement, pourquoi il n'avait pas envie qu'elle aille s'exposer dans une manifestation lourde d'enjeux qui les dépassaient. Il prit simplement conscience qu'il ne voulait pas qu'elle courût un danger et cette soirée serait pleine de dangers, il ne le savait que trop bien, lui qui avait assisté aux mouvements de passion que suscitait chaque apparition d'Adam et de sa clique. Il enchaîna d'un air faussement enjoué:

- J'ai presque tout rangé ! Il ne reste plus qu'à passer l'aspirateur! Ca ira très bien avec ta gueule de bois! Je te laisse ce bonheur et je file à la douche ?

Mais il connaissait suffisamment Laure pour savoir qu'il ne s'en tirerait pas à si bon compte. Il avait ouvert la boîte de Pandore et se doutait qu'elle voudrait y plonger les deux mains.
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Siana


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MessageSujet: Re: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Lun 22 Sep 2014 - 13:16

Ethan ne reçut pas un coussin mais un coup de poings dans l'épaule quand celui-ci lui parla de son pantalon de travers. Laure se poussa de sur son colloc tout prenant soin de bien l'écraser, afin de le laisser se lever. Fallait pas l'embêter quand elle avait la gueule de bois, et encore moins le matin.

- J'irai faire les courses quand je serai réveillée et propre. Et non, j'ai pas rempli le frigo depuis la dernière fois. Il doit bien rester des choses. Si c'est pourri sur le dessus, y a qu'à gratter... T'es habitué à la nourriture hard non ?

Laure éclata de rire mais le rire fut de courte durée.

- T'imaginer en train de manger des chenilles en Chine et les vomir aussitôt me fait rire et me donne la nausée.

Alors pour éviter de décorer le salon avec les restes stomacaux de sa soirée, Laure se recroquevilla sur le canapé et commençait ses habituels ronchonnements et gémissements de ronchon mal lunée. Elle se lamentait. Scandait qu'elle n'aimait pas les lendemains de soirée, qu'elle n'aimait pas les fêtes, qu'elle n'aimait pas faire les courses, qu'elle n'aimait pas avoir mal au ventre et la gueule de bois. Bref, elle était Laure. Elle ronchonnait, c'était signe que tout allait bien, malgré un pantalon mal taillé qui ne tenait pas droit, un tête de déterrée et une absence d'invitation pour la soirée. Heureusement que le retour de son colloc préféré était là pour éclairer cette journée maussade qui s'annonçait.

Cependant, quand Ethan dévoila ce qu'il savait du défilé, Laure se leva d'un bon. Plus de nausée ? Elle se traina jusqu'à la cuisine. La vanne sur le service de nettoyage Elyrien passa par une oreille et ressortit par l'autre. Elle s'approcha et demanda :

- Tu parles bien de Kenzo Takada là ? LE Kenzo Takada ? MON Kenzo Takada ?

La révélation sur les invitations fut le summum ! Laure restait figée au milieu de la cuisine, la bouchée béante, les yeux ronds comme des ballons, les épaules lâches. Une vrai loque. Mais une loque qui n'était pas sourde et qui semblait restée sur les fesses. Ethan s'affairait à la vaisselle et s'empressa de lui dire que ce n'était pas une bonne idée à cause du monde. Rapidement, il enchaina sur l'aspirateur et la douche.

"Une douche... faut que j'en prenne une pour me réveiller et me préparer pour aller au défilé. Je vais aller au défilé. Ethan va m'y amener...".

Là, Laure se jeta contre le dos d'Ethan et le serra fortement tout en sautillant sur place. Les mains plaquées sur le torse d'Ethan, elle le tapotait comme un tamtam tout en criant des "super génial".


- C'est super ! Tu es génial ! s'exclama-t-elle. Ho que ferai-je sans toi ma p'tit Bouclette photographeuse ! En plus d'être mon cordon bleu et ma fée du logis, tu es mon pont vers la reconnaissance ! Et tu racontes que des sottises. C'est justement parce qu'il y aura du monde qu'il faut que je t'y accompagne avec une de mes créations sur le dos ! Tu n'imagines pas le tremplin que cela pourrait être pour moi !

Laure le relâcha, ébouriffa le derrière de la tête d'Ethan et courut jusqu'à sa chambre en criant comme une folle-dingue. Elle réapparut rapidement et pointa un index accusateur vers Ethan.

- C'est bien parce que tu m'offres une occasion rêvée que je te pardonne le coup de l'aspirateur, lança-t-elle en tentant d'être sérieuse, même si son sourire joyeux gâchait le tableau.

Elle disparut de nouveau en ordonnant à Ethan de se bouger avec sa douche, afin de prendre la sienne. Dans sa chambre, Laure vidait l'armoire utilisée pour stocker ses créations. Et depuis sa chambre, elle s'écria :

- Ethan !? C'est tenue correcte exigées ? C'est tôt pour choisir la tenue, le défilé n'est pas pour maintenant... mais si je dois retoucher une de mes robes, c'est le moment !
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MessageSujet: Re: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Lun 22 Sep 2014 - 13:20

Ca y était ! Le déclic s'était produit dans l'esprit embrumé de Laure et elle avait hurlé le nom du créateur japonais avec autant de passion qu'une femelle gibbon en rut ( Ethan le savait parce qu'il avait été agressé par une jeune singe en Afrique lors d'un reportage, et, oui les cris étaient similaires)

- J'étais pas sourd, tu sais. Maintenant, si, probablement.

Et à présent elle le prenait pour un djumbé. Ethan leva les yeux au plafond tandis qu'un sourire étirait ses lèvres devant l'enthousiasme de la jeune femme. Il jeta l'éponge, à tous les sens du terme et se retourna pour lui faire face, stoppant net le martèlement des petits poings fermés en lui saisissant les poignets, le sourire ayant cédé devant l'insouciance de sa collocataire.

- Tu as suivi un peu l'actualité, jeune fille ? Es-tu au courant que des mouvements anti- Elyrien se sont développés et qu'ils usent parfois de violence pour faire entendre leur opinion ?

Mais Laure semblait hermétique à ses arguments, focalisée sur les seuls faits qui l'intéressaient: son créateur favori, une possibilité de montrer ses oeuvres à un public d'élite. Il prit un air grave teinté de tristesse.

- Ils posent des bombes parfois. Je ne veux pas que tu risques ta vie pour te faire un nom. Ajouta-t-il l'air sombre.

Il savait bien que son argumentation était bancale et qu'elle la réfuterait en arguant que c'est ce qu'il avait fait dès sa sortie de l'école de journalisme. En témoignaient les quelques balafres et fractures qu'il avait récoltées lors de ses reportages. Il se souvenait encore du jour où Laure était entrée sans préambule dans la salle de bain, oubliant sans doute qu'elle avait un nouveau colocataire et l'avait surpris torse nu en train de se raser au dessus du lavabo. Heureusement qu'il avait gardé le bas sinon la situation aurait pu être gênante. Elle avait déjà été troublante lorsque Laurette avait froncé les sourcils devant les zébrures que reflétaient la glace, souvenir de petites séances de coupe coupe des rebelles tanzaniens lorsqu'il avait été fait prisonnier avec une équipe de reporters belge. Il avait tenté d'expliquer que ses camarades et lui étaient là pour montrer la vérité au monde mais la défiance et la rage des insurgés, trop de souffrances accumulées durant des générations victimes d'asservissement, était sourde au bon sens et à l'honnêteté du journaliste. Ils n'avaient dû leur survie qu'à l'intervention des forces internationales qui ratissaient la zone pour la pacifier. Il en avait été quitte pour un traitement antibiotique de cheval durant deux mois et des points de sutures sur le flanc droit et le pectoral.

Finalement, cela ne déplaisait pas aux filles en plus et il était retourné au front sans appréhension. Pourtant, Ethan avait peur de ce qui pouvait se passer lors de son prochain reportage. Il avait vu des images tournées par ses collègues, des attentats qui avaient déjà fait des victimes dans les rangs des "amis" d'Adam, le plus souvent parmi les humains, comme si les Elyriens savaient se prémunir du souffle des engins meurtriers. D'autres images, plus anciennes, et terriblement douloureuses, se superposaient à celles-ci dans l'esprit du photographe et il eut une bouffée de colère.


- Non, non, c'est pas possible ! Tu n'iras pas. Au mieux je peux passer ton press book à Takada si tu veux. Il te contactera. Je prendrais quelques clichés de l'événement rien que pour toi. Tu auras droit aux meilleurs, c'est promis.

Il pouvait comprendre que Laure soit prête à tout pour faire son chemin dans le métier qui la passionnait, il pouvait comprendre qu'on soit prêt à risquer sa vie plutôt que de la vivre à moitié. Pourtant l'idée que Laure soit en danger lui était insupportable. Il était tellement habitué à la voir évoluer dans son cocon rassurant, certain de la retrouver à chacun de ses passage entre deux coups de feu médiatiques qu'il n'avait jamais imaginé qu'il puisse LUI ARRIVER QUELQUE CHOSE.

- T'iras pas. C'est tout! Je te l'interdis! Proféra-t-il d'un ton qui ne souffrait pas de discussion.

Il se trouva odieux de machisme et d'autorité pourtant ses yeux brillants exprimaient sa détermination à l'empêcher de commettre cette imprudence. Au besoin, il l'enfermerait dans sa chambre et raterait le scoop en veillant devant sa porte. Mais elle avait déjà filé dans sa chambre pour choisir sa tenue, sans prêter oreille à ses mots. Elle parlait avec légèreté et passion de cette soirée, usant d'humour, virevoltant comme une fleur alors qu'elle végétait il y avait cinq minutes de cela. Et il était responsable de cette étincelle qui brillait dans ses yeux et il s'en voulait. Il s'était dirigé vers la porte de la chambre et se tenait à présent appuyé dans l'embrasure, les bras croisés, plus déterminé que jamais.


- De toute façon, ça a été reporté à demain pour des raisons de sécurité je suppose. Ils vont blinder la surveillance et je suis certain qu'avec ma gueule de métèque irlandais, ils ne me laisseront jamais entrer. Oublie ta tenue Choupette, ou alors si tu veux, je t'invite au restaurant de ton choix ? J'ai voulu me la péter mais j'ai qu'une invitation de toute façon et pas envie d'y aller. Mentit-il.
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Siana


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MessageSujet: Re: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Lun 22 Sep 2014 - 13:21

Laure croyait rêver ! Revirement de situation ! Après l'avoir appâté, Ethan lui retirait toutes possibilités d'y aller. Comme si il retirait un os à un chien affamé. Que d'excuses bidons ! Les propos d'Ethan pouvaient se résumer par "faites ce que je dis mais pas ce que je fais". Et de toute façon, elle n'écoutait pas. La tenue passait avant les mots d'Ethan. Tout ce que Laure captait, c'était des mots tels que Presss Book et Takada. Bref, tout ce qui était lié à la mode et non aux violences, autrement dit, elle n'écoutait pas grand chose.

Quand Ethan arriva à la porte de la chambre de Laure, celle-ci avait déjà retiré son pyjama, vidé la moitié de l'armoire à création par terre et enfilé une robe verte qu'elle avait récemment retravaillé. Inspirée du style des années folles, avec des files dorés et des broderies perlées, coupe cintrée, dos échancré, bretelles fines. La robe était un peu large. Sa conception de base datait et depuis, avec son régime alimentaire douteux, Laure avait perdu des hanches.


- Avec des chaussures dorées ce sera parfait ! Je pense la raccourcir au dessus du genoux, dit-elle en relevant la robe jusqu'au genoux pour voir dans le miroir l'effet que cela faisait. Il va me falloir une pochette dorée aussi. Hmmh, pas le temps d'en créer une et j'aime pas acheter quand on peut s'habiller soi-même. Peut-être que je n'en prendrais pas. Je pourrai mettre mes papiers dans la sacoche de ton appareil photo ? demanda-t-elle à Ethan en se tournant vers lui pour lui montrer sa vieille trouvaille. Et pourquoi te ferais-je passer le press book ? Je ne serai pas crédible du tout si je fais porter mon press book ! J'irai. Tu n'avais qu'à pas me narguer avec tes invitations.

Elle s'attela à remonter la fermeture sur le côté, afin de mieux la porter et voir quelles retouches elle devait faire. Laure tirait sur la fermeture éclair invisible et parvint à la remonter jusqu'en haut. Puis Ethan lui dit qu'elle n'irait pas. Troublée par ce revirement de situation, elle lâcha le bas de la robe qui reprit sa longueur initiale.

- Je ne te crois pas. Tu n'aurais pas osé me faire miroiter quelque chose. Tu ne te serais pas vanté si tu n'avais pas plusieurs invitations. Et tu as dis "devine qui a DES invitations", répliqua Laure après qu'Ethan lui ait lancé son interdiction.

Que d'excuses ! Que de mensonges ! Et faciles à déceler en plus. Laure fronça les sourcils. Croisa les bras. Écouta. Se pinça les lèvres, signe qu'elle retenait un flot spontané de grossièreté. Et d'un air furibond, elle s'avança d'un pas décidé vers lui et le gifla, sans trop de violence. Juste histoire de le vexer un peu. Elle était surtout blessée par ce qu'il venait de lui faire. Toute tremblante, elle tourna les talons et alla shooter dans les vêtements trainant au sol. Les bras tendus le long du corps, les poings serrés, elle faisait éclater sa spontanéité mélangée à son côté ronchon.

- Un restaurant... un restaurant ! Ethan tu es ignoble ! Tu sais que j'attends qu'une occasion de ce genre et toi tu... tu parles fièrement de tes invitations ! Si tu avais un brin de jugeote, tu n'en aurais même pas fait allusion !
s'exclama-t-elle en pointant vers lui un doigt accusateur.

La mâchoire tremblante, qu'elle retenait de cacher en serrant les dents, Laure sortit brusquement de la chambre, prenant soin de bousculer Ethan au passage et alla dans le salon. Furieuse, elle prit un ciseau de tailleur et coupa subitement le bas de la robe. Elle attrapa les chutes et retourna devant sa chambre. Elle agita les chutes de tissu sous le nez d'Ethan et lui lança :

- J'ai de quoi faire une pochette et ma robe est à la bonne longueur. Je vais voir avec Suzie pour une invitation. Je n'ai pas besoin de toi et ta sacoche d'appareil photo. Quant au resto, dit c'est dit. T'as intérêt de bien choisir Joli Coeur. Tu as une sacré connerie à rattraper !

Et elle retourna à son armoire. Elle attrapa en une fois les vêtements au sol et les bourra dans l'armoire, sans prendre le soin de les plier, comme elle faisait habituellement.

- Ho ! Et... J'ai besoin de nouvelle photo pour mon press book. Tu connais pas un photographe qui aurait besoin de se racheter et qui se porterait volontaire pour une séance photo ?
grogna-t-elle.
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MessageSujet: Re: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Lun 22 Sep 2014 - 13:22

La baffe lui avait fait mal au coeur plus qu'à la joue car elle reflétait le désarroi de la jeune styliste face à son revirement. Il découvrait une nouvelle Laure, déterminée, prête à tout pour réaliser ses rêves et il devait avouer que cela lui plaisait même si l'inquiétude demeurait chevillée au corps du reporter. Cette soirée serait une trop belle aubaine pour les anti-elyriens pour qu'ils se privent de faire un coup d'éclat. Comment ? Il n'en avait pas la moindre idée, lui qui savait que les invitations étaient triées sur le volet et qu'il n'en avait eu que grâce à sa renommée et à sa réputation au dessus de tout soupçon quant à la violence. Il exécrait la violence et cela était connu dans le milieu comme dans les services de la DGSE, même si les racines de son aversion étaient ignorées de la plupart des gens. Il avait plus souvent oeuvré malgré lui à faire avorter des actes de violence par la présence de son objectif contrairement à certains confrères qui allaient jusqu'à en provoquer pour vendre leurs clichés. Pourtant, il savait que sa tignasse et son air de baroudeur ne lui auraient pas permis d'entrer au défilé sans le soutien de ses patrons et les précieux sésames que son statut lui conférait. Alors comment les terroristes anti-alien pouvaient-ils espérer entrer dans la place ? Peut-être bien grâce à des appuis insoupçonnés. Mais Ethan savait que les kamikazes devaient oeuvrer à cette heure pour peaufiner un possible plan d'action et savoir que Laure pourrait se trouver au milieu du jeu de quilles ne lui plaisait pas du tout, mais pas du tout! Mais quoi ? Cette bourrique n'en ferait qu'à sa tête de toute façon, et s'il refusait d'être son chevalier servant pour ce défilé, elle trouverait certainement un moyen d'y aller seule ou mal accompagnée, enfin accompagnée d'une personne inconsciente du danger comme cette Suzzie.

Elle l'avait bousculé comme une furie pour aller dans le salon et en revint avec une robe raccourcie et de quoi se confectionner une pochette, toujours aussi fulminant contre lui. Il hocha la tête d'un air résigné.

- Non mais c'est bon. Je vais t'y emmener mais tu dois me promettre une chose. Tu resteras dans les parages et tu me suivras comme mon ombre. J'ai un un certain talent pour sentir les gens louches et si je vois le moindre truc douteux, je te mets dans un taxi et tu rentres à la maison sans discussion. C'est à prendre ou à laisser.

Il se gratta la barbe naissante qu'il n'avait pas rasée depuis trois jours. Oui, qu'elle vienne avec lui était bien le moindre des maux. Au moins il aurait l'illusion de pouvoir la protéger. Il eut un pincement au coeur. Illusion, putain d'illusion en vérité ! Qui pouvait protéger quelqu'un contre une bombe placée là pour tuer aveuglément ? Il se traita de tous les noms intérieurement. Quel connard il faisait de n'avoir su fermer sa gueule devant son enthousiasme de petite fille. Il aurait tellement préféré qu'elle reste encore quelques jours la Laure en pyjama ou dans son peignoir, celle qui se terrait dans son appartement. Mais elle s'était transformée en guerrière du ciseau qui voulait partir à la conquête de Takada. Il aurait bien cassé les pattes à ce japonais pour le coup. Il ruminait une stratégie pour éviter d'exposer Laure et une illumination fusa dans son esprit pourtant fatigué.

- Ok, tu es magnifique dans cette robe. Voilà ce que je te propose pour ce soir. On remet le restaurant à plus tard, mais sois certaine que tu n'y couperas pas, et je commande chez le traiteur de la Rue Wagram. On range l'appartement, on monte un joli décor et tu défiles avec toutes tes tenues pendant que je te mitraille. On recompose ton press book et ensuite, après l'effort, le réconfort: on se sirote un bon cru en mangeant des ravioles au saumon. Qu'en dis-tu ? Je peux tirer les photos en trente minutes et je retoucherais demain si tu juges que c'est nécessaire. On fait un press en béton comme ça demain tu passes juste en coup de vent pour voir le Tagada tsoin tsoin et quelques autres créateurs de ton choix et ensuite je te rapatrie ici par taxi.

Il avait parlé très vite pour ne pas lui laisser le temps d'objecter et il en était presque essoufflé mais pourtant il savait qu'elle allait objecter cette bourrique. Tant pis, l'essentiel était qu'elle accepte la petite soirée photo suivie de la soirée traiteur bien arrosée.

- Alors ? Qu'en dis-tu ? Est- ce que Joli Coeur se rachète bien ? Est- ce que j'ai gagné le droit à une bonne douche avant ?
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MessageSujet: Re: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Lun 22 Sep 2014 - 13:22

Plantée devant son miroir pour voir les retouches à faire sur sa robe, Laure essayait de contenir la colère qui était montée si rapidement en elle. Colère ? Pas seulement. Déception ? Probablement. Elle était un peu déçue d'Ethan. Mais ce qui lui faisait surtout mal, c'était qu'il s'agissait d'Ethan. Pourquoi lui ? Pourquoi lui avait-il fait cela ? Lui ! Laure n'avait pas des masses d'amis. Des potes, des connaissances, elle en avait pas mal. Ils s'apparentaient plus à des contacts. Mais dans le cœur de Laure, une connaissance et des potes ne valaient pas autant que des amis. Des amis, elle en avait seulement deux et elle ne les voyait pas souvent. Ethan, lui... Il avait plutôt l'étiquette de meilleur ami. Alors au yeux de Laure, autant dire que ce titre était un privilège ! C'était une sorte de consécration. Ce que Ethan venait de faire était une des pires choses qui pouvait arriver. Si Laure avait subitement interdit à Ethan d'aller en Australie, si elle le lui avait interdit sous simple prétexte qu'elle ne voulait plus le voir aller et venir si librement. Comment aurait-il réagit ? Ethan lui avait manqué lors de son dernier voyage. Il rentrait précipitamment et c'était avec une dispute qu'ils se retrouvaient ? Laure avait du mal à l'encaisser. Elle s'attendait à de longues histoires sur l'Australie, autour d'un plat préparé par Joli Cœur. Au lieu de cela, il lui avait joué un mauvais tour. Elle regrettait presque d'avoir été contente de son retour précipité.

Un mauvais tour qui prit rapidement fin. Ethan changea de nouveau d'avis. Heureusement pour lui, il proposait un bon compromis. Une solution que Laure pouvait accepter, non sans contrainte pour elle. Mais ce fut suffisant pour la soulager. Mais pas pour la consoler de la mauvaise farce d'Ethan. Laure détourna son attention du miroir et écouta attentivement Ethan. Ce qui lui proposait n'était pas ce qu'elle avait imaginé. Elle se voyait crapahuter de styliste en styliste. Mais tant pis. C'était ça ou rien.


- D'accord, je prends,
dit-elle simplement.

Elle alla se cacher derrière le paravent afin de retirer sa robe et d'enfiler le peignoir de soie, rapporté un jour par Ethan. Petit souvenir d'un voyage dans un pays d'Asie dont Laure ne se souvenait plus du nom. Ce paravent était bien utile pour Laure, qui laissait toujours la porte de sa chambre ouverte. Même quand Ethan était là. De jour comme de nuit, sa porte était ouverte. Elle n'aimait pas la fermer.
Ethan lui exposa la suite de son "programme". Cachée derrière le paravent, elle écoutait encore, en silence. Elle n'en sortit que quand Ethan eut terminé. Elle s'approcha finalement de lui, posa une main sur une épaule d'Ethan pour le forcer à se baisser un peu et déposa un petit baiser là où elle l'avait giflé.


- C'est sortit tout seul, désolée de t'avoir frappé. Tu es pardonné Joli Cœur. Merci pour le book et la soirée. Mais je n'oublie pas pour autant tout ça. Ce n'était pas gentil. Je ne pensais pas que tu pouvais me faire ça. Pas toi. Pas ma Bouclette.

Elle fit glisser sa main de l'épaule à la joue martyrisée d'Ethan et la frotta quelques secondes. Elle lui sourit et le laissa tranquille. Elle retourna au paravent et prit la robe à retravailler. Elle s'assit à son bureau, derrière la machine à coudre et commença à réfléchir à une façon de rattraper ce carnage. Elle avait soudainement un coup de faiblesse. S'asseoir lui fit du bien. Elle s'était levée avec la gueule de bois, s'était agitée à l'annonce des invitations, puis énervée à cause d'Ethan. Là, le retour au calme lui donna le tournis. Elle venait de se rappeler d'une chose : elle n'avait pas pris de petit-déjeuner. Quand Ethan était arrivé, elle avait tenté un voyage en cuisine. Voyage abandonné au profit du canapé. Cependant, elle n'avait plus le temps de déjeuner. Le programme d'Ethan était chargé. Elle devait s'y mettre maintenant.

- Va prendre ta douche, j'irai ensuite pour aller faire les courses,
dit-elle en pivotant sur sa chaise pour voir si il était toujours à l'entrée de sa chambre.
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MessageSujet: Re: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Lun 22 Sep 2014 - 13:23

C'était un demi pardon que lui accordait la jeune femme et il savait bien qu'il l'avait peinée. Il n'aurait pas cru que cela pût le toucher autant car après tout, ils se connaissaient par fragments, lui étant toujours en partance et elle dans son monde. Bien sûr Ethan était foncièrement sociable à la base et même s'il était devenu ours par la force des événements, il gardait cette ouverture d'esprit et cette convivialité que lui avaient inculqué ses parents, cette faculté d'écouter les autres et de s'y intéresser, de se passionner pour leur passion même s'il ne la partageait pas, cette soif de vivre et d'aimer finalement. Et c'était le plus beau cadeau qu'ils avaient pu lui léguer. Aussi sans connaître véritablement Laure au quotidien sur la durée, il avait fini par se forger une idée de la vie continue de la jeune femme en son absence et il lui arrivait fréquemment au beau milieu d'une avalanche de coups de feu ou d'un événement dramatique dont son objectif était témoin, de songer à ce que faisait Laure au même moment à Paris, dans le petit appartement. Cela l'apaisait et le faisait sourire. "Dors pour deux Laurette! " songeait-il dans ces moments -là ou encore " tiens, cette vieille ruine mandchou serait un décor rêvé pour tes créations défilant sur des poupées chinoises". Il lui arrivait de griffonner sur un calepin des "pensées pour Laure" mais il n'avait jamais le courage de les lui lire une fois rentré au bercail.

Elle avait accepté le marché tronqué, et faussé sans qu'elle le sût, et c'était déjà bien. Elle lui garderait une petite rancune, qui, peut-être, s'estomperait au fil de la soirée. Pour l'heure, elle trônait derrière sa table à couture après avoir ôtée le robe qui cristallisait tous ses espoirs. Il battit en retraite vers la salle de bains en proposant d'un ton apaisant:


- Occupe-toi de préparer tes tenues. Je vais me décrasser et je filerais aux courses. J'ai un appétit féroce après un régime de steak de kangourou et de sauterelles. Je me charge des courses et du repas de ce soir.

Une fois sous la douche, il se détendit enfin. Dieux, que c'était bon ! Non que Canberra fût dépourvu de civilisation mais c'était bon de se sentir enfin un peu " chez soi". Il terminait par une douche froide comme à son habitude et eut tôt fait de se vêtir pour filer chez le traiteur. Avant de claquer la porte, il fouilla dans sa sacoche et en sortit son portefeuille contenant sa master. Dans sa hâte, il ne vit pas que le petit carnet à la reliure brune, débordant de coupures de presse sur un attentat passé qui s'était déroulé en Egypte, était tombé sur la moquette fatiguée et en plein milieu de l'entrée.

- Je reviens dans une heure Choupette! Bonne douche et fais toi belle !

Arrivé en bas de l'immeuble, il alluma une John Player Special et se mit à marcher en direction du métro. Il devait se grouiller avant la fermeture du magasin de photo où il achetait ses pellicules . Il avait gardé ce vieux réflexe. Toujours travailler en numérique doublé de l'argentique. Il trouvait cela tellement plus authentique surtout pour le N&B.
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MessageSujet: Re: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Lun 22 Sep 2014 - 13:23

Ethan quitta la chambre, laissant Laure seule. Ambiance pesante. Laure soupira et reporta son attention sur le désastre qu'elle avait causé. Sa robe était abimée. Elle n'avait pas prévu de la couper. Initialement, elle devait la raccourcir sans couper. Sauf que voila, pour défier Ethan et paraitre plus forte que lui -chose assez difficile à ses yeux- elle avait coupé net le bas. Mais Laure s'était un peu trop défoulée. La coupe n'était pas nette, pas droite. La seule solution pour rattraper ça était de la tailler plus courte. Légèrement plus au dessus du genoux.

- On verra bien, se dit-elle pour se motiver.

Après une recherche de fil et de ruban, elle put commencer ses retouches. Elle réfléchissait à la meilleure solution. A celle qui n'allait pas donner un résultat bâclé. Après une longue réflexion, Ethan l'informa qu'il sortait.


- Ok, se contenta-t-elle de dire, le nez dans sa boite à ruban.

La boite fit son bonheur. Elle y trouva les chutes des pièces de filament doré façon charleston qui décoraient déjà une partie de la robe. Une illumination jaillit dans son cerveau.

- Plus court encore...

Et elle coupa encore plus court. Le tissu vert de robe lui allait maintenant à mi-cuisse. Mais la longueur atteignit finalement le genoux, grâce au rajout de pièce en filament. Le bas de la robe était donc à franges dorées, même couleur et même matière que les franges de fils qui recouvraient toute la robe. Une dernière modification lui vint en tête. Le décolleté de devant fut retouché. Légèrement plus échancré, mais pas autant que le derrière, qui lui dévoilait la moitié dos.

Quand cela fut terminé, ce qui lui prit presque une bonne demi-heure, Laure quitta sa chambre pour prendre un petit quelque chose à grignoter. Elle sortit de sa chambre, alla en cuisine et se prit une brioche. Puis, elle se décida à aller chercher le courrier. Elle prit les clés de la boite aux lettres se trouvant dans le hall d'entrée et, une fois dans l'entrée de l'appartement, elle se prit les pieds dans quelque chose. Elle vit alors le carnet. Elle se pencha, le prit, le tourna dans tous les sens et vit du papier journal dépasser d'un coin. Elle l'ouvrit sans pour autant tout lire. Elle ne vit que quelques choses, comme les mots attentat et Le Caire.


- Ah Ethan...

Elle referma le carnet. Les coupures de journaux, c'était pas son truc à elle. Laure tourna les talons et posa le carnet sur la table de la cuisine. Elle y abandonna aussi les clés. Voir le carnet lui fit penser à Ethan et sa demande : être prête. Alors elle prit la direction de la salle de bain. Elle n'allait pas en sortir avant le retour d'Ethan.
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MessageSujet: Re: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Lun 22 Sep 2014 - 13:24

Paris était gris comparé à Canberra, gris et morne. Les gens faisaient la gueule, oubliant combien vivre un jour de plus était une chance, que tous n'avaient pas eu, pas su mesurer. Ethan, lui, se levait chaque matin avec une conscience étrange qu'il ne méritait pas d'être resté sur le pont. En quoi l'aurait-il mérité ? Qu'avait -il fait de mieux que son père ou sa mère ou même tous les gens qui avaient été pulvérisés plus de dix ans auparavant ? Si quelque chose devait arriver à Laure alors qu'il en réchappait encore, il ne le supporterait pas. Il en avait la certitude. Il courut chez Pixodream pour acheter ses pelloches puis reprit le bus pour rallier le traiteur et y choisit un petit menu sur mesure pour la soirée et des provisions pour quelques jours. Enfin il s'arrêta, hésita devant le fleuriste de la place Vendôme pour finalement acheter une gerbe d'arômes blanc vert. Chargé comme de coutume, il reprit le métro pour le quartier plus tranquille où se nichait l'appartement de Laure.

Il avait hâte de voir ce qu'elle avait fait de la robe sinistrée et comment elle se prêterait au jeu de l'objectif. Le repas du soir était tout prêt, il n'y aurait plus qu'à le réchauffer une fois le travail pour le press book achevé. Il avait pris deux bouteilles d'un très grand cru pour l'arroser copieusement et faire la paix avec sa colocataire et surtout ... surtout réussir son plan. Enfin il fallait quand même que la soirée de travail se prolonge tard, très tard dans la nuit pour espérer un succès de son idée. Il y arriverait bien en pimentant le repas de petites anecdotes bien relevées dont raffolait Laure. Elle avait toujours les yeux brillant d'excitation, battait des mains, et se mordait la lèvre inférieur, mimique qu'il trouvait d'ailleurs adorable , lorsqu'il relatait les rebondissements de ses reportages en évitant soigneusement celles qui viraient au drame.


- Choupette ? Laure ? Je suis de retour !

Lorsqu'il pénétra dans l'appartement, le salon était désert et son matériel toujours entassé dans le hall d'entrée. Il se dirigea vers la cuisine et rangea les courses dans les placards et le frigo puis déboucha les deux bouteilles de vin pour les laisser respirer. Il installa la gerbe de fleurs sur la table du salon et la trouva très chic. Est-ce qu'elle serait sensible au geste ? S'il se sentait embarrassé, il pourrait toujours noyer le poisson en disant que c'était pour la "déco" du shooting. Il se sentait toujours aussi ours dans ses relations affectives. Une fois ses armes de ruse bien apprêtées, il s'attela à préparer son matériel et sortit son pentax qu'il équipa de l'objectif adéquat puis fit quelques mesures de lumière. Il s'arrêta en se grattant la tête d'un air songeur. Il faudrait peut-être mieux attendre que Laure sorte de ses ablutions -il entendant nettement le clapotis d'un bain et un vague chantonné de Chicago- pour lui demander quelle ambiance elle voulait donner à ses clichés.

Peut-être plusieurs. Tamisée, intimiste ou people tendance, glamour, certainement, provocante ou décalée ? C'était à elle de décider, c'était son press book. Il allait sans doute devoir plusieurs réglages successifs au niveau de l'éclairage mais il lui réservait la soirée et la nuit. Il lui ferait une carte de visite sur mesure, de quoi accrocher les créateurs et les maisons de couture en vogue. Il était un peu tendu tout de même, car c'était la première fois qu'il faisait ce genre de photo pour une cliente pro. Bien sur il avait étudier la photo sous toutes ses coutures. Hahaha, le jeu de mot le fit sourire. Dans sa formation la photographie de mode avait eu sa place mais il n'avait jamais pris en photo quelques unes de ses petites amies qui avaient des velléités de mannequinat pas toujours très réalistes. Bon, il y avait eu Maud quand même, qui avait décroché un contrat espoir avec Elite lors d'un concours européen. Elle l'avait chaleureusement remercié d'ailleurs, même très chaleureusement. Il n'était donc pas si mauvais.

Pour chasser ses doutes il s'octroya un moment de détente après avoir installé le matériel du mieux qu'il le pouvait. Le sofa d'époque que Laure avait hérité d'un grand oncle était assez classe même si elle ne l'utilisait presque jamais parce que trop fragile, trop précieux. Le velours noir et les montant en volutes pourraient faire un accessoire de pose très raffiné qui mettrait en valeur le modèle. Quelques chandeliers peut-être. Laure devait bien avoir ça dans un coin du cagibi. Soufflant un peu, il décida de se servir un verre du Chivas 18 ans d'âge qu'il avait acheté pour aller le déguster sur le canapé fatigué qui faisait face au dit sofa. Il sortit un verre large du placard et le posa sur la table de la cuisine. Alors qu'il ouvrait la bouteille, un objet familier, posé sur la table, attira son attention. Il fronça les sourcils et s'assombrit. Pourtant il décida de ne rien dire au sujet du carnet et de ne pas demander comment il était arrivé de son sac à la table. Il ne voulait pas encore se disputer avec elle, pourtant il sentit les battements de son coeur s'accélérer mais il n'aurait su dire si c'était sous l'effet de la colère ou de l'embarras. Il y avait tant de choses dans ce carnet, de choses qu'il n'avait jamais osé creuser, évoquer avec elle. Des choses concernant la jeune fille mais aussi des bribes de sa propre jeunesse brisée.

Il s'allongea à moitié sur le vieux canapé et ferma les yeux en buvant une bonne rasade de whisky pour se donner du courage.
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MessageSujet: Re: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Lun 22 Sep 2014 - 13:24

Pendant qu'Ethan faisait ses courses, Laure se fit couler un bon bain chaud. Quelle détente ! Seule, dans son bain, avec le canard rose qui flottait.
Sacré canard rose. Il avait son histoire ! Une histoire bien amusante, résultant d'un pari avec sa première colocataire. Une colocataire en réalité. Une sale peste. Elle avait bien mené Laure en bateau ! Elle était sensé avoir un job. Payer les factures et le loyer avec Laure. Au lieu de cela, cette menteuse profitait de la maîtresse des lieux. Comme beaucoup d'autre qui suivirent d'ailleurs. Cette fille avait pris des créations de Laure. Même si celle-ci débutait, elle y tenait. C'était ses premiers pas. Ses premiers vêtements. Laure les avait créé et prêté à sa colocataire, qui disait avoir laissé ses vêtements chez ses parents. Mais après un mois de vie en communauté, la fille avait disparu avec les vêtements et les économies de Laure. A la place, un canard rose dans la salle de bain. Quelle naïveté. Depuis ce jour, Laure se méfiait et le canard servait de petit rappel.
Avec Ethan, par contre, le courant était vite passé. Très vite. Et la collocation se passait bien. Il y avait bien des chamailleries, mais elles étaient rares et de faible intensité. Pas comme cette dispute.

Repenser à la dispute fit du mal à Laure. Elle se laissa glisser dans le fond de la baignoire et plongea la tête sous l'eau. Oublier. Il fallait. Quand elle sortit du bain, elle décida de se préparer comme si elle sortait. Elle fit chauffer le sèche-cheveux, elle agita la brosse à cheveux et joua de la laque. Un chignon soigné et simple fut un résultat satisfaisant à ses yeux. Elle choisit pour celle déco : une fleur noire en tissu, elle avait créé et collé sur une pique à cheveux. Elle planta la pique dans le chignon et s'attela au maquillage. Ethan lui avait dit de se faire belle. Alors elle le prit au pied de la lettre. En plus, cela lui faisait oublier la dispute. Laure se maquillait jamais, ou peu. Là, elle fit l'effort. Un brin de fond de teins, mais juste un peu. Elle n'aimait pas cela. Elle disait que cela collait, comme les baiser d'une vieille mamie. Elle s'accorda un peu de mascara, de liner noir et du rouge à lèvre rouge. Peut-être un peu vif, mais cela collait au style de vêtement inspiré des années folles qu'elle voulait faire shooter par Ethan. Laure ne mit qu'un seul bijoux : un collier long en perle noire, qui pendait dans le dos, et non devant. Elle n'aimait pas ça, les bijoux. La fleur dans les cheveux et le collier allaient suffire. Elle faisait assez d'effort comme ça. Bien s’habiller, bien se maquiller. Ce n'était pas son truc. Le comble pour une styliste ! Mais le chausseur n'est-il pas le plus mal chaussé ?

Une fois pomponnée, Laure enfila la robe qu'elle venait de retoucher. Elle se frotta les mains, vérifia trois ou quatre fois qu'elle était bien habillée, bien réveillée et prête à travailler. Elle sortit de la salle de bain et avança timidement vers le salon, où Ethan se relaxait. Tout en se triturant et tortillant les doigts, dévoilant un brin de stresse, elle se planta devant Ethan. Pour cacher ses angoisses, elle cacha ses mains derrière le dos et baissa un peu les yeux. Elle n'avait pas l'habitude de tant de féminité, de soin d'elle. Ethan n'avait pas l'habitude de la voir ainsi non plus. En général, c'était survêtement, pyjama ou Jean T-shirt.


- Te moque pas hein, j'ai l'air d'une cloche, dit-elle. J'ai pas pu faire mieux. J'arrive pas avec les machin pour les joues. Tu sais, ce truc qui rougie un peu les pommettes. Enfin non tu sais surement pas...

Laure tourna le dos à Ethan et lui demanda :

- Il est pas trop long le collier ? J'ai peur qu'il entre dans la robe et se coince dans le bas du décolleté.

Laure grattait la moquette avec ses orteils.

- Zut ! les chaussures ! quelle nouille !

Elle se précipita dans la chambre, les enfila en vitesse. Dans l'entrée, elle manqua de trébucher en accrochant les talons dans la moquette.

- J'ai failli tomber ! s'amusa-t-elle en revenant devant Ethan. Bon ? alors ! Vas-y ma p'tite Bouclette ! fais-moi ta critique, je sais que tu meurs d'envie de me dire que j'ai l'air bête.
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MessageSujet: Re: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Lun 22 Sep 2014 - 13:25

Il ouvrit un oeil puis les deux et se leva d'un bond en émettant un sifflement admiratif entre ses dents.

- Hé ben poulette ! Une vraie vamp ... Il s'enfila une nouvelle rasade de whisky et s'étrangla à moitié avec tant il était sous le choc. T'as pas l'air d'une cloche du tout ... Tu es juste ...

Juste quoi ? Il cherchait ses mots sans parvenir à les trouver. C'était la petite Laure en pantoufles et pyjama, celle qu'il croisait dans son kimono lorsqu'il se levait le matin. Celle qui bougonnait derrière sa machine à coudre lorsqu'il rentrait tard le soir ? Il n'en revenait pas. S'il avait trouvé la fille rigolote et gentille dès le départ malgré ses lubies d'asociale et ses tocs de timide, s'il s'y était attaché rapidement, jamais il n'aurait imaginé qu'elle put être si jolie, si craquante, si ... Il refoula un "glups". Sexy était le mot qui avait fusé dans son esprit en même temps que de ses lèvres. Complètement déstabilisé par cette auto révélation, il se rua vers la cuisine au lieu de saisir son appareil photo comme tout pro se serait empressé de le faire.

- Tu veux boire quelque chose ? Demanda -t-il d'une voix trop forte pour être naturelle. Quelle ambiance veux-tu donner à ton press book ? Classe, raffiné, décalé et glamour me semble bien approprié. Tu as des candélabres et des trucs en dentelle pour faire tomber sur ton vieux sofa. On peut aussi te faire poser sur le tapis ou près de la fenêtre avec les lumières de la ville en fond. J'ai aussi pensé qu'on pourrait aller prendre des clichés en extérieur demain matin avec la lumière naturelle. S'enflamma -t-il oubliant qu'il devait l'assommer d'alcool pour lui ôter toute possibilité de sortir de son lit durant deux jours. Il en perdait de vue son objectif premier de lui éviter le danger du défilé. Tellement troublé qu'il fit déborder le verre à pied élégant qu'il remplissait à l'attention de la jeune femme.

- Hé merde ! Fais gaffe connard! s'admonesta-t-il. Le vin ça tache !Ta robe n'a rien ?

Il lui tendit le verre après l'avoir essuyé puis se resservit un Chivas en pestant contre sa perte de contrôle.

- Tchin ! Choupette.Lança-t-il joyeusement tentant de chasser en vain l'image persistante de la chute de reins qu'elle lui avait foutu sous le nez. " Tu vas te calmer espèce de Casanova du dimanche ! Laure c'est comme ta soeur!" se réprimandait-il honteux. " Ca doit être le décalage horaire! La fatigue du voyage..." se justifia-t-il à lui-même. Voilà qu'il se perdait dans un dialogue de dément avec lui-même. Il avait du contracter la fièvre du kangourou.

- Ton collier est très bien. Poursuivit-il la voix un peu rauque. En revanche tu as un peu forcé sur le blush sur les joues, surtout la gauche... Poursuivit-il en effleurant du bout de son pouce la pommette de la jeune femme.

"Bon sang ! Ethan Deloir! Tu vas arrêter tes conneries !!!" Encore cette petite voix intérieure...

Il posa son verre de whisky qu'il avait vidé et prit son pentax pour se donner une contenance.


-Allez! Faut bien commencer, hein Choupette. Une impromptue... Balança-t-il sur un ton enjoué.

Il trouvait bizarre le sourire qui éclairait le visage de sa colocataire. Un mélange d'ironie et d'effarement et les yeux n'étaient pas en reste et riaient aussi. Etait-ce une illusion ou ? Il voulut en avoir le coeur net et regarda dans la visée. Le noir, rien que le noir...

- Ouais, ça irait mieux si tu enlèves le truc là, l'espèce de cache sur l'objectif, non ?

Avait-elle bien prononcé ces mots en le taquinant d'un adorable sourire ou avait-il rêvé ? D'ailleurs, tout ce qu'elle disait depuis qu'il s'était levé du canapé lui parvenait comme assourdi, comme atténué par une épaisse couche de coton. Il fixait ses yeux et sa bouche rouge baiser... baiser ...

-Hein ? Ahh oui, le cache ... Tu veux pas manger un bout avant ? J'ai pris des sexys .. euh des suschis

Il aurait bien glissé sous la moquette élimée pour disparaître, s'il avait pu.
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MessageSujet: Re: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Lun 22 Sep 2014 - 13:25

Laure éclata de rire. Ethan était juste... hilarant ! Il courait partout. Il s'agitait comme un fou. Il manquait même de tâcher la robe avec du vin.

- Pas la peine d'être grossier, Joli Cœur ! s'exclama-t-elle en riant. Ma robe n'a rien. Pas de panique je ne vais pas t'étriper... du moins pas pour le moment, ajouta-t-elle d'un air malicieux. Si tu es encore méchant comme tout à l'heure, je le serai aussi !

Elle lui tira la langue pour marquer la plaisanterie et but une gorgée du vin. Vin. Alcool. Pas bonne idée. Elle reposa le verre en expliquant à Ethan qu'elle avait eu sa dose de gueule de bois pour la journée.

Puis Laure réfléchissait à l'ambiance du book. Elle n'y avait pas songé. Exiger un book lui était venu comme ça. Juste pour le faire travailler et se venger. Elle ne s'attendait pas à l'enthousiasmer ainsi. Mais en un sens, cela lui plaisait de le voir s'affairer pour elle.


- Et bien... honnêtement. Je n'ai songé à aucun thème. Je pense que je vais te faire confiance et suivre tes instructions à la lettre. Et si tu penses que dehors est une bonne idée, alors nous irons dehors. Et pourquoi pas cette nuit ?! C'est beau Paris, la nuit. Enfin pour ce que j'en vois...

Laure ne sortait pratiquement pas. Alors Paris de nuit, elle le voyait aussi souvent que le bas de son dos. Que sa chute de rein. Chute de rein qu'elle remontra naturellement à Ethan, sans juger des conséquences sur son colocataire déstabilisé, quand celui-ci lui parla de son collier.

- Ah tu trouves qu'il est bien ?! Ne pouvant pas le voir correctement, je doutais de son utilité. Mais si tu dis qu'il est bien, alors il est bien !

Elle lui refit face et il lui retira le trop-plein de blush.

- Je suis pas douée pour ce genre de féminité, avoua-t-elle, un peu honteuse. J'ai fais ce que j'ai pu pour les photos. Mais puisque tu sembles dire que ça te convient...

Elle lui sourit et regarda les sexys... sushis.

- Tu trouves que les sushis c'est sexy !? s'étonna-t-elle. Je mange avant que si tu me racontes tout de ton voyage en Australie et ensuite on bosse pour moi !

Un chantage à la Laure. Jamais quelque chose de bien insurmontable. Elle se resservit un verre de vin. *Le dernier* se promettait-elle. Juste un pour accompagner les sushis sexy. Sexy... un sushi n'avait rien de sexy. Ethan la scrutait. Laure n'était pas une lumière en relations sociales. Mais ses sitcoms préférés étaient de bons professeurs !

- Ethan... c'était un lapsus ? demanda-t-elle avec un grand sérieux.
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MessageSujet: Re: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Lun 22 Sep 2014 - 13:26

Il bafouilla lamentablement en la remerciant de sa confiance. Il se sentait mal à l'aise de cette confiance et pas seulement parce qu'il avait dans l'idée de la saouler pour lui faire manquer le défilé. Ca encore il pouvait se le pardonner même si elle lui en voudrait tellement après coup qu'elle le flanquerait certainement à la porte lui et son matériel de chasseur d'images, après tout c'était parce qu'il ne voulait pas qu'il lui arrive du mal. Non, il s'en voulait confusément de trahir la confiance aveugle et innocente qu'elle semblait lui accorder d'une autre façon. En lui voulant trop de bien. Et quelque part il se trahissait lui aussi par ce travers. Il ne regardait plus Laure avec l'oeil professionnel doublé de celui de l'ami. Et ça c'était la trahison ultime à ses yeux. Cela brisait un accord tacite non écrit entre les deux colocataires. Et les deux whisky, le décalage horaire et la fatigue n'avaient pas assez bon dos pour excuser ce dérapage. Ils n'en étaient pas l'origine, pas plus que le fait qu'il n'avait rien eu à se mettre sous la dent durant son périple dans le bush australien. La seule femme à des lieues à la ronde était Gilberta, la propriétaire d'une immense ferme ovine, qui leur servait de guide dans la communauté bushman. Elle avait une carrure de routier, des bras de déménageur et une haleine propres à dissuader toute tentative de séduction malgré son capital sympathie. Mais cette abstinence d'un mois ne suffisait pas à expliquer sa brutale "émotion" devant la chute de... Laure qu'elle exhibait avec une désinvolture désarmante. Il eut honte mais une honte qui faisait du bien. Ou du mal, c'est selon. Ce qui avait mis le feu aux poudres c'était cette peur brutale qu'il avait eu de la perdre dans un possible attentat. Cette perspective lui avait fait perdre les pédales.

- J'espère que tu regretteras pas trop de m'avoir fait confiance. Pour les clichés extérieurs de nuit, on pourrait aller sur les bords de Seine ou à Montmartre.

Il enleva le cache de son objectif et appuya sur le déclencheur alors qu'elle prenait un sushi dans l'assiette qu'il voulait porter sur la table du salon. Un flash l'immortalisa à la porte de la cuisine alors qu'elle portait le sushi à ses lèvres, son autre main tenant toujours le verre de vin à moitié vide. Il recula pour prendre un plan plus large et réarma alors qu'elle avançait vers le canapé et la table basse du salon. Il la mitrailla littéralement alors qu'elle s'asseyait en posant son verre puis lissait sa robe de sa main libérée. Elle continuait à parler tandis qu'il s'obstinait à la prendre en photo. Il figea dans l'oeil de l'appareil son regard d'enfant gourmand alors qu'elle exigeait qu'il lui raconte son voyage. Il y avait une telle soif de vivre dans ce regard qui voulait tout savoir, qui demandait qu'on lui dise ce qu'il ne pouvait voir par lui-même.

- Je te montrerais mes photos, si tu es sage. Tu sais bien que je ne raconte jamais aussi bien que mes images. Les bushmens sont pas très grands pour la plupart mais ce sont de grands hommes dans l'esprit. Ils ne supporteraient pas ta bonbonnière. Il leur faut de l'espace. Nous avons roulé durant une semaine sans voir autre âme qui vive que nous. Tu imagines ? Immense, ce pays est plus qu'immense. Bouge un peu sur la droite, allonge ta jambe gauche sur le canapé , là comme ça. Ta tête un peu de trois quart, encore un peu, tourne... Voilà ! Super! Passe ta mèche derrière ton oreille... oui celle qui te tombe sur le nez !

Il contourna le canapé et la prit en plongée derrière le dossier, comme en embuscade derrière ce buisson lorsqu'ils avaient surpris une meute de dingos en pleine nuit. Le caméraman de WWF flippait comme un gosse derrière lui.

- S'ils nous repèrent, on va se faire bouffer!!!

- Pas de risque, on est sous le vent. Filme ! Tu n'auras pas d'autre chance !

Pourquoi Ethan se rappelait-il cet épisode périlleux alors qu'il shootait Laure ? Il ressentait une décharge d'adrénaline comparable. Putain! Laure aurait aimé savoir qu'elle lui faisait autant d'effet qu'une meute de chiens sauvages en chasse... Il ne tournait vraiment pas rond. Il lui fit à nouveau face et la prit alors qu'elle finissait de vider son verre. Il déglutit et ressentit la soif. Sans s'en rendre compte, il s'était assis sur le tapis et la fixait à présent en contre plongée à travers l'objectif, placé du côté de ses pieds, il avait une vue sur ses jambes allongées , à demi croisées sur le canapé et qui semblaient interminables sous cet angle. Il régla l'ouverture puis zooma sur le tissu chatoyant de la robe avant de glisser sur la naissance des cuisses. L'angle était trop grand, la distance mauvaise pour une photo de mode mais il appuya quand même. Il remonta sur le cou et le visage et shoota encore. Il avait chaud. Il recula et se posa sur le fauteuil en face d'elle pour souffler. Il regretta de ne pas avoir utilisé son numérique avant l'argentique. Il aurait aimé pouvoir visionner les prises sur le champ. Ca devait être merdique et par sa faute à lui. Il était pas du tout dedans. Pas pro pour un sou.

- Je vais changer d'appareil Choupette. Là c'était pour ta private collection. On va rouler au numérique maintenant.

Il posa son appareil dans sa sacoche et sortit l'autre avant d'aller vers la fenêtre pour l'ouvrir.

- Fait chaud, non ? J'ai soif ! Et faim! On peut manger un peu ? Dit-il avec un air de chien battu en s'appuyant à la rambarde du balcon. Ca faisait du bien, un peu d'air frais.

Paris vibrait dans la nuit tombante. La Tour Eiffel s'illuminait comme une flèche d'or dans le velours du ciel. Il hocha la tête, sortit son paquet dans la poche de son pantalon et alluma une cigarette.

- J'avais oublié à quel point c'est beau ici. Viens voir Laurette et amène-moi un autre whisky, femme!

C'était une boutade entre eux, pour se moquer des machos invétérés qui peuplaient "tous les bars du monde" selon Ethan. Pourtant cette fois, il savait qu'elle n'avait plus la même saveur. Pour la première fois il avait posé un regard d'homme sur une femme en la regardant. Il repensa au carnet et se demanda si elle l'avait parcouru.
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Siana


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MessageSujet: Re: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Lun 22 Sep 2014 - 13:26

Laure sourit. Regretter de lui faire trop confiance ? Où avait-il la tête !? Ethan était une des rares personnes en qui Laure avait confiance. Il était son ami. Plus même ! Puisqu'il était le meilleur et son colocataire. Quand il lui proposa Montmartre, Laure sautilla de joie. Elle adorait Montmartre. C'était un nid à artistes. Elle n'y allait pas souvent. Pratiquement jamais. Mais elle aimait Montmartre. Par contre, les bords de la Seine l'enchantaient moins. C'était l'automne. Il faisait un peu froid la nuit. Une robe n'allait pas être une bonne idée pour les clichés. Elle devait réfléchir à une tenue plus confortable, plus chaude, mais tout aussi belle que la robe. C'était pour son book, elle devait faire un effort. Une idée lui vint donc. Elle pensa à sa combinaison bustier, taillée dans un coton noir très épais. Par dessus, elle envisageait de porter un serre-taille en soie, aux motifs asiatiques. Ethan et un de ses voyages en Asie lui avait inspiré ce serre-taille.

- Toi, tu sais comment parler aux Laurettes ! Y a vraiment que toi pour me proposer Montmartre ! Je l'adore cette petite bute !

Puis le jeu du flash commença. Laure n'en ramenait pas large. Elle n'était pas habituée. Au début, elle était plutôt hésitante. Se faire photographier pour immortaliser un souvenir, elle aimait bien. Ses albums photo le prouvaient. Mais se faire mitrailler pour s'exposer, là c'était plus délicat. Une certaine gêne l'habitait. Mais c'était Ethan. Ce n'était pas n'importe qui non plus. Pas un inconnu. En plus, il la guidait. C'était donc plus facile et quand elle fut au canapé, elle se sentait plus détendue et sa langue se déliait. Elle parlait, bavassait. Rien ne l'arrêtait. Finalement, elle trouvait même ce jeu plutôt amusant.
Laure éclata de rire tandis qu'Ethan se trouvait derrière elle, derrière le canapé. Elle ne le regardait pas, elle était trop occupée à engloutir sa part de sushi. Ils étaient bons. Elle n'avait pas pris de bon repas depuis le dernier préparé par Ethan. Elle ne cuisinait pas, elle ne savait pas faire à manger et pour la sécurité de tout estomac, il valait mieux ne pas manger ce que Laure préparait. Il n'y avait qu'une chose qu'elle savait faire. C'était le gâteau au chocolat. Elle en préparait toujours un pour le retour d'Ethan. Le gâteau était englouti par le colocataire affamé, pendant qu'elle écoutait ses histoires.
Ce jour était particulier. Cette fois-ci, pas de photo à regarder mais un appartement à ranger, pas d'histoire mais une dispute, pas de gâteau au chocolat mais des sushis. Des sexy sushis... Cette boulette de Bouclette allait rester. Laure allait sûrement l'utiliser pour le chambrer. D'ordinaire, Laure n'aurait pas apprécié de voir sa routine bouleversée. Cependant, pour une fois, cela ne semblait pas la déranger. Non. Au contraire.


- Ah non ! Je ne peux pas attendre ! Juste une petite anecdote s'il te plait ! Aller... une seule sur les bushmen. Et puis ne critique pas ma bonbonnière ! Scanda-t-elle avec un faux air sérieux, si faux qu'il était presque une caricature de celui qu'elle avait arboré avant de gifler Ethan. En plus je suis toujours sage, sauf quand je suis ivre ! Déclara-t-elle en lui faisant un pied de nez. Je l'aime ma bonbonnière, ajouta-t-elle plus calmement, presque à voix basse.

Elle se posa une main derrière le dos, juste au-dessous de rein gauche, juste en dessous du bas de son décolleté. Elle passa sa main entre la robe et sa peau et la fit glisser là où elle l'avait posé. Elle tâtonna et trouva ce qu'elle cherchait. Elle était toujours là. Sa fichue cicatrice. Sa seule cicatrice. Une bien vilaine qui rappelait un mauvais souvenir. Ethan savait qu'elle avait été hospitalisée plusieurs semaines suite à un accident domestique, quelques mois avant son installation dans le vieil appartement de son oncle, ici à Paris. Mais Laure n'avait rien dit sur la nature de l'accident, sur l'existence de cette cicatrice et sur le fait que l'accident était à l'origine de sa fuite du monde extérieur. Elle retira brusquement sa main. Ce n'était pas le moment de songer à cela. Ethan était rentré plus tôt d'Australie, il allait l'emmener au défilé et en plus, il lui faisait gracieusement son book. Il lui avait manqué pendant ce voyage.


- Tu sais Bouclette, ils sont sexy... heu... bons ces sushis, dit-elle en profitant du dérapage verbal d'Ethan pour l'embêter. Tu devrais me laisser ta part, avec l'appareil en main, tu vas pas pouvoir en manger et ce serait dommage d'inonder ton jouet de sauce soja ! s'exclama-t-elle alors qu'il était maintenant à ses pieds.

Ethan à ses pieds. Cela l'amusa. Elle s'accroupit devant l'objectif et lui fit un clin d’œil à travers l'appareil photo, en collant presque son nez à l'objectif.


- Je plaisante, je te laisse ta part de poisson pas frais. Moi j'ai assez mangé !

Ethan était dans son élément.
Si elle devait être abandonnée sur une île déserte avec un seul objet, Laure aurait sélectionné sa machine. En voyant Ethan travailler, chose qu'elle n'avait jamais eu l'occasion de voir, elle pouvait deviner que son objet à lui, ce serait l'appareil photo. Et si ils devaient être abandonnés sur une île déserte avec une seule personne, qui choisiraient-ils ? Pourquoi une telle question lui traversait la tête ? Laure trouvait amusant ce genre de petites questions existentielles. Pour cette question, elle avait le choix entre son père, sa mère, sa belle-mère, ces deux demi-frères... et Ethan. Elle se demanda alors qui elle choisirait. Difficile de séparer son père de sa seconde femme et de ses autres enfants, difficile de lui demander de quitter la Guadeloupe. Elle ne voyait ce côté de sa famille qu'une fois par an. Alors ne pas les prendre sur l'île ne changerait rien pour elle. Avec sa mère, les tensions et les vieux reproches pouvaient s'estomper si elle la choisissait, mais le venin de sa mère non. Les critiques contre son père non plus. Vivre recluse avec elle serait une torture. Et certains sous-entendus persisteraient, comme celui rappelant à Laure qu'après le divorce de ses parents, elle avait préféré le soleil de la Guadeloupe au ciel nuageux de la Normandie. Sa réflexion se porta alors sur Ethan. Sa dernière personne prête à être embarquée sur une île déserte. Si elle le choisissait, cela ne changerait pas grand chose pour elle puisqu'ils cohabitaient déjà. Ils s'entendaient bien. Enfermés dans leur appartement ou abandonnés sur une île déserte... Pour Laure, cela ne faisait pas de différence. Elle continuait d'imaginer sa réponse à cette question stupide quand Ethan la sortit de sa léthargie soudaine. Une somnolence sûrement due à sa courte et difficile nuit, à sa cuite et à sa dispute avec Ethan.
Il changeait d'appareil. Ha ? Ce n'était donc pas sérieux tout ça ?


- On les mettra dans un album photo qu'on intitulera : "Ethan et Laure, un duo en or !", dit-elle naturellement. Mais ça ne serait pas drôle si il n'y en avait pas une du photographe dedans ! Tu me laisseras essayer ? J'en prendrai une de toi pour l'ajouter aux miennes.

Laure regardait Ethan changer d'appareil et elle l'écouta se plaindre d'avoir chaud. Il ouvrit la fenêtre. Elle n'avait pas chaud. Elle était bien. Maintenant, elle sentait l'air frais de dehors. Elle se sentait encore mieux, cela la réveillait.
Ethan enchaînait les mots. Laure le trouvait bien bavard soudainement. Il parlait sans s'arrêter. Elle le regarda en silence -pour une fois que la bavarde se taisait et que le silencieux s'y mettait- et elle sourit. Ethan avait faim et il lui demanda un verre en l'appelant "femme". Cette petite plaisanterie entre eux, Laure l'aimait. C'était celle des bons moments. Alors ni une ni deux, elle fit comme d'habitude. Elle prit l'attitude des femmes dévouées façon année 50 et s'exclama, d'une voix suraiguë :

- Tout de suite mon chéri ! J'y cours j'y vole !

C'était sa réplique. Elle partit en sautillant dans la cuisine, les mains battant l'air de façon niaise. Laure entra dans la cuisine et remarqua que le carnet avait disparu. Ethan l'avait récupéré. Elle aurait bien aimé en savoir plus sur ce qu'il contenait. Mais c'était à son colocataire. Il avait ses petits trucs à lui, comme elle, elle avait les siens, ou plutôt sa cicatrice. Si Ethan n'avait jamais montré ce carnet, c'était sûrement pour une bonne raison.
Laure balaya sa curiosité en s'emparant d'une assiette pleine de sushi, la part d'Ethan. Elle prit un verre à pied, le remplit de vin et retourna auprès de son photographe de coloc.


- Tout doux sur le whisky ma Bouclette, si tu as chaud, l'alcool ne va pas t'aider à te rafraîchir. Surtout que tu en as déjà enchaîné pas mal. Et puis avec les sushis, le vin c'est mieux, dit-elle en mettant l'assiette sous le nez d'Ethan. Bien sur que tu peux manger ! Pas la peine de me faire des yeux de chaton suppliant. Mange donc !

Laure ferma les yeux, respira à plein poumon et sourit. Elle les rouvrit et regarda le paysage parisien.

- T'as raison. On voit tout ça tous les jours et on y prête vraiment pas attention. Pourquoi courir le monde quand on a déjà de belles choses sous les yeux. Je ne sais pas si je serai capable de faire comme toi. De partir loin. Moi, j'ai trop besoin de ma maison... On y est tout de même bien non ? A la maison...
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MessageSujet: Re: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Lun 22 Sep 2014 - 13:27

Sur le balcon, le brouhaha de la ville parvenait comme étouffé mais n'était pas assez fort pour couvrir la voix pleine d'enthousiasme de Laure. D'habitude, il se serait laissé gagner par tant de bonne humeur mais ce soir il n'y parvenait pas. Pourquoi ? La perspective sombre du défilé demain, le glissement bien perceptible de son regard sur sa colocataire, qu'elle ne semblait pas avoir remarqué du tout, ou ce fichu carnet qu'il avait retrouvé trainant hors du sac où il le rangeait ? Il se demandait si elle l'avait ouvert, si elle avait osé le parcourir, si elle avait parcouru les coupures de presse. Sans doute était-ce tout cela à la fois qui le troublait.

A présent toutes les petites plaisanteries anodines de la jeune femme auraient une saveur particulière que lui seul capterait. Quel con il faisait. Parce qu'il avait une pas trop vilaine gueule, il pensait que toutes les femmes devaient lire ses attentes ? Mais Laure n'était pas "toutes les femmes", elle était Laure et ne le verrait jamais autrement qu'un colocataire qui restait plus longtemps que les autres, un ami peut-être, mais rien de plus. Dans sa bonbonnière, elle devait rêver d'un autre homme, peut-être déjà croisé et convoité. Un homme fiable et tranquille qui la soutiendrait dans ses projets et la protégerait de ses peurs. Il n'était pas cet homme, il n'avait rien de rassurant et de fiable. Globe trotter, le plus souvent absent, qui risquait sa peau à chaque reportage, il ne serait jamais que l'ami loufoque et distrayant qui vient épingler des vues de tous les coins du monde dans l'univers paisible d'une jeune femme frileuse. Que faire alors, si ce n'est faire comme si rien ne s'était passé dans son coeur à lui ? Il savait faire ça! "Comme si de rien" ! Il l'avait fait après Le Caire. Il respira un grand coup et se retourna. Puisque son esprit avait tracé un chemin improbable vers des sentiments incongrus envers Laure, il fallait banaliser ce nouveau chemin. Il répliqua d'un air trop sur de lui.


- Qu'est-ce que tu veux poupée, tout ce qui est touché par moi ne peut que devenir sexy! J'ai porté ces sushis dans mes mains , pour toi ! Ils sont devenus éminemment sexys ! Tu peux apporter l'assiette en même temps que le verre ?

Il appuya le dos et les coudes à la rambarde et la regarda s'approcher, tira une bouffée sur sa cigarette que la brise du soir faisait rougeoyer. Le vent dans ses cheveux, la lumière de la ville en contre bas qui venait ourler son visage d'une lueur irréelle,le firent mentir lorsqu'il prit la parole. Mais cela, il ne pouvait le savoir car s'il est bien un visage que le photographe méconnait, c'est bien toujours le sien.

- Je suis pas photogénique, ni sexy comme toi sous l'oeil de l'objectif, Sugar! Ce serait gâcher de la pellicule que me photographier.

Elle arrivait avec l'assiette et un verre rempli de vin. Il le prit doucement et jeta sa cigarette dans le vide pour prendre un sushi. C'était mieux d'avoir les deux mains prises. Cela les occupait. Elle contempla le panorama et approuva ses observations. Il retint un soupir et son visage se ferma brusquement quand elle évoqua le besoin qu'il avait de parcourir le monde au lieu de se contenter de la beauté de ce qui les entourait, si proche, si évidente. Il posa son verre sur le rebord de béton du balcon et baissa les yeux puis la fixa un instant avant de se détourner en murmurant:

- Parfois on a besoin de courir le monde pour ne pas se laisser rattraper par de vieux fantômes ...

Comme machinalement, il regarda sa montre high-tech qui affichait toutes heures imaginables et s'exclama.

- Il va y avoir un flash spécial sur WNT9 au sujet du défilé et des Elyriens! J'ai eu Philippe au téléphone à l'aéroport, tu sais mon pote de l'école de journalisme... Il doit interviewer le pomponné beau gosse des étoiles ! Tu vas pas manquer ça! Allume la télé! Mais je te préviens, après on reprend le boulot! On doit faire les clichés dans ton vieux sofa et en extérieur, je te rappelle. Et l'heure tourne.

Alors qu'elle faisait mine de se retourner pour se précipiter vers sa sacro-sainte télé, il lui donna une petite tape sur les fesses pour la faire réintégrer plus vite le salon.

- Allez! Que ça saute mademoiselle! Il faut sentir d'où vient le vent !

Soigner le mal par le mal! C'était bien la méthode d'Ethan, ça. Il avait la faiblesse de croire que cela fonctionnait pour le passé comme pour le cas présent. Il aurait l'occasion de constater que c'était une illusion et qu'on n'éteint pas toujours le feu par le feu.
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Siana


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MessageSujet: Re: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Lun 22 Sep 2014 - 13:28

Laure mit les poings sur ses hanches et secoua négativement la tête. Elle posa une main sur son front et afficha un air dépité. Un beau facepalm pour Ethan ! Elle s'adossa à côté de lui sur la rambarde et lui donna un coup de coude, suivi d'un "tsss" et d'un grand sourire.

- Balivernes ! Je ne suis pas sexy et tu ne gâcheras pas la pellicule. De toute façon, je le ferai quand même. J'en veux juste une. Est-ce trop demander ?

Puis elle se tourna et fit face de nouveau à la ville tandis qu'Ethan mangeait. Elle se pencha un peu, s'accouda sur la rambarde et posa son menton dans le creux de ses mains. En s'installant ainsi, elle ne songea pas à son dos. Et précisément à sa cicatrice. Elle avait taillé la robe pour que celle-ci ne fût pas visible. Mais elle avait omis un détail : en se penchant, elle dévoilait davantage le bas de son dos, et forcement, la cicatrice. Le haut de la forme ronde dépassait légèrement du vêtement. Juste un peu. Elle n'était pas assez visible pour distinguer sa forme, mais seulement pour faire preuve de sa présence. Elle était dans les nuages et n'avait pas perçu l'intégralité des murmures d'Ethan.

- Besoin de courir le monde pour quoi ?
demanda-t-elle en se redressant brusquement et en donnant une tape dans le dos d'Ethan pour l'inciter à se tourner vers elle, celui-ci regardant toujours ses pieds. Y en a qui ont besoin de rester chez eux, ajouta-t-elle. Chacun a son fonctionnement. Je ne me sens plus... heu pas l'âme d'une voyageuse. J'ai besoin de mon chez moi et de mes habitudes. Toutes mes habitudes. Même celles m'obligeant à repasser derrière toi quand tu laisses tes affaires traîner !

Elle lui fit un clin d’œil. Petite allusion à bien des choses, comme des vêtements, des boites à pellicules, ou encore un carnet laissé dans l'entrée. Petite allusion involontaire. Laure n'avait pas parcourut le carnet. Elle avait juste vu une coupure de presse avec "Le Caire" et "Attentat" dans le titre de l'article. Elle n'avait pas cherché plus loin. Elle n'était pas du genre à fouiller dans les affaires d'Ethan. Elle le respectait trop pour cela. L'appréciait trop pour chercher à connaître ses secrets sans que cela ne vienne de la bouche d'Ethan, et sur sa propre volonté. Pourtant, Laure n'était pas une fée du rangement. C'était l'hôpital qui se moquait de la charité. Elle n'avait rien d'une fée du logis. D'ailleurs, quand Ethan lui parla du flash spécial sur le défilé, Laure allait devoir se parer pour une chasse à la télécommande.

- Un flash spécial ! Je vais pouvoir connaître le nom de tous les stylistes présents ! J'espère qu'il y a vraiment Kenzo Takada ! Si il n'y est pas finalement, je serai drôle déçue ! s'exclama-t-elle en trépignant sur place et en se tortillant comme une herbe sous le vent. Rha faut qu'il y soit ! Sinon nous serions en train de bosser pour rien. Pas de Kenzo, pas un beau défilé. Pas un beau défilé, pas une belle soirée en perspective. Ho mais que je suis bête ! Tu seras là ! Ajouta-t-elle en lui donnant un coup de poing amical dans l'épaule. Cela suffit pour rendre une soirée amusante !

Laure s'étira et leva les bras au ciel, les poings serrés en exprimant sa joie d'aller au défilé. Ethan la pressa d'y aller avec une tape aux fesses. Elle se retourna, lui tira la langue et rentra en trombe dans l'appartement, les bras toujours levés, poussant des cris de conquérant. La chasse à la télécommande commençait. Elle fouillait partout, grognait, pestait contre le désordre. Son désordre. Elle aurait pu s'en vouloir mais non. Elle en voulait à la télécommande. Laure se traînait par terre, dans sa belle robe, afin de voir sous le meuble télé.

- Je te tiens !

Elle passa son petit bras sous le meuble et tâtonna. Elle avait la télécommande au bout des doigts. A quatre patte par terre, une joue collée au sol, le bras sous le meuble, elle se préoccupait plus de la télécommande que de la cicatrice. Elle prenait soin de toujours la cacher. Mais là, elle était totalement visible. Ronde, blanche ou du moins, plus claire que la peau de Laure, et légèrement en relief. Une vilaine trace du passé. Une trace du temps où Laure vivait 6 mois de l'année en Guadeloupe et les 6 autres en France. Celui où elle passait le plus clair de son temps hors de sa bonbonnière. 7 ans qu'elle n'avait pas remis les pieds en Guadeloupe, qu'elle se terrait chez elle, à l'abri du monde, qu'elle ne sortait qu'en cas de nécessité ou parce qu'elle y était forcé, qu'elle portait cette cicatrice, issue d'un accident "domestique". Quel genre d'accident domestique pouvait laisser une cicatrice ronde dans le bas du dos d'une jeune femme de 19 ans au moment de l'accident ?

Laure se releva, la télécommande en main.

- Fiou ! Comment est-elle arrivée là ?

Elle se laissa choir sur le sol, assise par terre, les jambes étalées devant elle, appuyée en arrière sur une main, l'autre pointant la télé avec la télécommande.


- Quelle chaîne tu dis ? WNT9 ?

Elle alluma le téléviseur et laissa tomber la télécommande à coté d'elle. Elle prit appui en arrière sur ses deux bras. Le nez levé vers l'écran, elle attendait qu'une publicité pour du savon ne fût terminée.

- C'est chiant les pubs, ronchonna-t-elle. Si encore ils prenaient de bon acteur pour jouer les pubs ! Franchement, je suis certaine que je pourrai faire mieux !

Elle imita la femme de la publicité en faisant semblant de se savonner les bras. Elle arrêta et éclata de rire. Elle fit signe à Ethan de s'approcher en tapotant le sol à côté d'elle.


- Ramène ton derrière Bouclette ! Tu vas me raconter ton voyage avant que le flash ne commence. Maintenant que tu as le ventre plein, c'est un ordre homme ! C'est femme qui l'exige !
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Upsilon
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MessageSujet: Re: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Lun 22 Sep 2014 - 13:28

Flash spécial


Les publicités terminées, le générique du JT de 20 heures venait de faire son apparition et une fois fini, il laissait apparaître une jeune femme blonde souriante et gracieuse.

Après avoir salué les téléspectateurs, elle fit un résumé rapide des nouvelles de la journée. Puis elle commenta un à un les sujets en commencent par la politique.

La jeune femme expliqua que le président de la République venait de prendre une décision capitale pour le bien-être des citoyens français, mais aussi pour celui des Elyriens. Cette décision allait faire grand bruit dans les jours à venir. En effet, il venait de décider l'intégration d'un membre de la délégation au sein du gouvernement français. Les responsabilités qui lui seront données étaient encore inconnues.

Puis elle enchaîna sur le défilé qui aurait lieu le lendemain, en rappelant qui en était l'instigateur. Quand soudain, elle s'arrêta de parler deux minutes pour reprendre quelques secondes plus tard tout en s'excusant. Elle enchaîna sur la présence ou non du couturier qui faisait l'événement et avoua qu'il venait d'avoir confirmation sur la présence de Kenzo Takada, ainsi que celle d'Adam, chef de la délégation. Puis elle finit le flash spécial par l'annonce d'une interview prochaine effectuée par des journalistes triés sur le volet.
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MessageSujet: Re: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Lun 22 Sep 2014 - 22:37

Il ressassait les paroles de Laure et aussi ses gestes tout en la suivant dans le salon. Elle semblait à nouveau obnubilée par le défilé et leurs autres sujets de conversation étaient revenus au second plan. Pourtant, lui, n'oublierait aucun des mots et des mouvements de la jeune femme. Il savait que chaque instant de cette soirée se graverait dans sa mémoire et qu'il les revivrait longtemps lors de ses moments de solitude. Il fonctionnait ainsi. Il engrangeait les moments forts dans sa mémoire et s'en nourrissait lorsqu'il était loin des être aimés, ou séparé d'eux à jamais. Elle ne voyait que par ce Takada , comme si sa vie en dépendait. Il avait retenu une moue dépitée lorsqu'elle avait énoncé que leur travail ne servirait à rien s'il n'était pas présent au défilé. Il n'était, bien évidemment, pas de cet avis. Laure avait du talent et il exploserait un jour où l'autre à la face du monde. En même temps, il pouvait comprendre malgré tout. Lui aussi avait eu son mentor en photographie et en journalisme. Un modèle auquel il voulait ressembler puis plaire et prouver qu'il était doué. En cela, il comprenait la jeune femme.

Il la comprenait même lorsqu'elle qualifia la soirée en cours d'amusante. Il était un amuseur pour elle, il ne s'était pas trompé. Si elle voulait une photo de lui dans son album personnel, c'était parce qu'il était un ami amusant. Il chassa les idées moroses que cette perspective, qui lui convenait très bien jusqu'à ce jour, faisait naître désormais dans son esprit et la suivit alors qu'elle partait en chasse de la télécommande rétive, mue par un entrain et une bonne humeur communicative qu'il ne voulait pas gâcher. Il la couva d'un regard protecteur alors qu'elle s'aplatissait sans gêne aucune devant le meuble télé pour chercher le boîtier. Voilà qu'il fixait encore la chute ... Sans le vouloir, d'ailleurs. Mais il semblait que depuis le début de soirée, elle prenait un plaisir innocent à lui exhiber le haut de son popotin. Avant, il l'aurait chambrée sans vergogne et mise en garde de ne pas le faire devant n'importe quel mâle, ce soir, il en était à la fois troublé et attendri. Troublé que cela ne le fasse pas simplement rire, attendri de voir à quel point elle était naturelle avec lui et ne pouvait envisager aucune pensée lubrique venant de lui. C'était touchant et il s'en voulait d'autant plus d'en avoir.

Il fronça les sourcils dans un effort pour scruter plus attentivement la croupe partiellement dénudée de sa colocataire. Pourtant, cette fois, la lubricité n'avait rien à voir dans sa concentration. En bas des reins de la jeune femme, une cicatrice claire et circulaire tranchait sur la couleur naturelle de la peau. Une brûlure ? De sa hauteur, il ne pouvait distinguer la surface de la peau et voir si elle était lisse ou plissée, normale ou lésée. Il voyait juste cette marque plus claire et étrange. C'était trop régulier pour être une simple tâche de naissance. Il pressentit confusément que cette marque n'était pas étrangère à la désocialisation de son amie et en ressentit une boule au ventre qui s'apparentait à de la colère. "Qui lui a fait ça ? Quel est le salaud ... " se surprit-il à penser.

Laure venait de retrouver la télécommande et le cri de victoire le tira de ses sombres réflexions. Lorsqu'elle l'invita à s'asseoir à côté d'elle, il s'exécuta docilement pour écouter le flash avec autant de curiosité qu'elle, même si ce n'était pas pour les mêmes raisons. Il sourit en la regardant lorsqu'elle critiqua le jeu de l'actrice au savon en affirmant qu'elle jouerait mieux. Sa Laure ? Actrice ? Il essaya d'envisager la chose. Elle si spontanée ? Se pouvait-il qu'elle eut une âme de comédienne ? Peut-être bien, dans le fond. Elle cachait sans doute des secrets, comme cette cicatrice, sous son apparente légèreté et sous sa défiance face au monde extérieur? Après tout, elle lui jouait peut-être bien un rôle...

Après les nouvelles du jour ayant trait au quotidien bassement terrestre des humains, la présentatrice du JT, Fiona Malatre, toujours aussi blonde que lorsqu'il l'avait connue, enchaîna avec ce qui les intéressait directement: les Elyriens, le défilé.

- Tiens, cette bonne vieille Fiona ... Elle doit plus se sentir de présenter des nouvelles aussi sidérales et sidérantes...Ironisait-il. Je suis certain qu'elle doit mouiller sa petite culotte à la pensée d'accueillir sur le plateau le bel Adam. Ne put-il s'empêcher d'ajouter un peu cynique en repensant à cette ancienne maîtresse.

Il se concentra sur la suite des nouvelles et se tourna vers Laure lorsque le flash prit fin.

- Ca craint ! Un Elyrien au sein du gouvernement! Ca sent le noyautage et ce n'est que le début ! Les opposants vont réagir, c'est inévitable ... Ma Laurette, on va vivre des jours agités, tu peux me croire!

Il se passa la main sur la barbe.

- Toi, tu t'en fous, évidemment. Kenzo Takada sera présent... Peu importe si on est tous transformés en fricassée parisienne...

Presque aussitôt, il s'en voulut de son accès d'amertume. Après tout, s'ils étaient destinés à être atomisés par des aliens, autant que Laure prenne son pied avec son défilé et continue à croire en ses rêves. Peut-être même que si elle survivait aux attentats, son talent pourrait la protéger de l'hégémonie sidérale et en faire une protégée d'Adam. En tout cas, elle était mieux barrée que lui, le grand reporter international qui s'était fait une spécialité de débusquer les tyrannies pour les prendre en photo. La liberté de la presse ne serait certainement pas une valeur phare pour les extra terrestres lors de leur conquête, qui, selon Ethan, était en train de se mettre en place. Il eut une moue boudeuse et se releva en croisant les bras sur le torse.
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Siana


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MessageSujet: Re: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Lun 22 Sep 2014 - 22:38

Laure écoutait le flash télévisé avec une attention telle qu'Ethan aurait pu passer inaperçu si il n'avait pas fait preuve de sa présence par son ironie. Elle lui donna une tape derrière la tête, suivit d'un "chut" cachant un petit ricanement. Elle buvait les paroles de la présentatrice. Ses lèvres s'étiraient, Laure se frottait les mains et souriait. Elle arborait une expression des plus déterminées. Son regard était perçant. Elle aurait pu transpercer la télévision d'un clignement d’œil.

- Ethan... je vais enfin réaliser un de mes petits rêves. Je vais approcher Takada. Et tu y es pour quelque chose Joli Cœur ! Tu ne peux pas savoir comment je suis contente ! Comme promis, je rentrerai directement après avoir donné le book. Promis ! Je t'attendrai avant de me coucher, tu me raconteras tout ce qui se sera passer après mon départ du défilé. Tu auras même droit à mon gâteau au chocolat à ton retour !

Laure ne comprenait pas trop l'importance de la décision du Président de la République. Quand Ethan avait donné son avis sur la révélation, elle se contenta de hausser les épaules et de dire qu'elle n'y comprenait rien. Puis, quand il fit allusion aux jours difficile et au fait d'y passer, Laure réagit vivement. Physiquement d'abord, en ayant un semblant de sursaut et en posant des yeux écarquillés sur Ethan.

- Quoi ? Cela veut dire que tu vas déjà repartir en reportage ? Et puis... Pourquoi faut-il que tu sois si pessimiste ? Moi je veux croire qu'ils ne sont pas dangereux.

Laure sembla se refermer sur elle-même pendant quelques secondes. Si les Elyriens étaient dangereux, les murs de son cocon n'allaient pas les retenir. Rester enfermée comme elle le faisait habituellement n'allait lui servir à rien. Une question venait de lui effleurer l'esprit. Si il se passait réellement une telle chose, si les Elyriens commençaient à s'en prendre aux humains, que ferait Ethan ? Déciderait-il de parcourir le monde pour la vérité et participer à sa manière aux combats contre les aliens ? Ou resterait-il à l'appartement avec elle ? Laure en était certaine, il partirait, entrainé par l'appel de sa passion pour la photo et le journalisme. Elle balaya cette idée déplaisante en fermant fortement ses paupières et elle se leva d'un bond. Elle changea de nouveau de ton pour cacher son inquiétude.

- Tu ne peux pas savoir comment je suis contente ! Comme promis, je rentrerai directement après avoir donné le book. Je t'attendrai avant de me coucher et tu auras même droit à mon gâteau au chocolat !

Elle se baissa pour déposer un baiser sur la joue d'Ethan, lâcha un de ses habituels " j't'adore !" et partit en courant dans sa chambre. Elle farfouilla dans un tiroir et revient voir son colocataire, une grosse pile de document en main. Elle se rassit près d'Ethan et laissa tout tomber devant eux. Elle ouvrit un porte-vue qui se trouvait parmi la montagne de magazine de mode et le feuilleta devant son colocataire. Il y avait des coupures de presse sur Takada, de ses débuts au jour présent. Elle lui expliqua qu'elle tenait ce dossier depuis sa passion pour Takada, autrement dit depuis sa passion pour la mode. Elle arriva à une page blanche et planta son index dessus.


- Demain soir, il y aura sur cette page, un autographe de Takada et à côté, une photo de lui et moi. Tu nous prendras en photo hein ?

Elle allait ajouter quelque chose mais se retint. Elle prit un air sérieux et referma le porte-vue. Elle passa aux magazines et montrait à Ethan les différentes rubriques shopping des magazines.

- Tu vois, un jour, il y aura mes créations à la place de celle-ci. Un jour, je ferai une collection homme portant ton nom, car si j'ai la chance de voir une collection homme dans un magazine, c'est que mon rêve se sera réalisé et que tu m'y aurais aidé grâce au défilé.

Laure rangea en pile ordonnée les magazines mais garda le porte-vue en main. Elle le feuilletait. Elle n'avait pas mis le nez dedans depuis très longtemps. Elle s'y plongeait quand elle avait le cafard, quand elle ne se sentait pas bien et n'arrivait plus à croire en son rêve. Laure ne l'avait pas sortit du tiroir depuis sa colocation avec Ethan. La présence de ce colocataire particulier, même si cette présence n'était pas en continu, lui avait fait oublié ce porte-revue, le symbole de son rêve. Elle s'en voulait un peu, d'avoir négligé l'entretien de sa collection d'image.

Laure le referma et le posa au sommet de la pile. Elle prit le tout et alla le remettre dans le tiroir. Elle retourna ensuite au salon et s'installa sur le canapé.


- Que veux-tu faire maintenant ? demanda-t-elle à Ethan, prête à écouter le moindre de ses ordres, prête à terminer le book et ainsi passer à ce qu'elle attendait depuis un moment : les histoires australiennes de son ami.
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MessageSujet: Re: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Lun 22 Sep 2014 - 22:39

Il continuait à la considérer d'un air boudeur, oscillant entre l'agacement devant sa légèreté et l'attendrissement que suscitait sa joie enfantine.

- J'espère bien que tu vas rentrer directement à la maison après avoir salué ton Tagada, sinon je lâche tout, je te prends sous le bras et te ramène avec une bonne fessée en prime !

Il rougit violemment en prenant conscience de ce qu'il venait de dire. Heureusement, elle n'avait pas remarqué et lui promettait son gâteau au chocolat à l'issue du défilé. C'était un signe d'apaisement de sa part et il eut un petit sourire d'excuse de ne pas arriver à être aussi léger qu'elle. Pas dangereux, pas dangereux! Elle en avait de bonnes! Qu'ils arrivent déjà à s'infiltrer au sein du gouvernement sans que les élus s'en offusquent était déjà une preuve à ses yeux. Ils devaient avoir un sacré pouvoir de persuasion car enfin, que dirait le président français si son homologue d'un autre pays venait en lui disant "eh copain, fais moi une place dans ton gouvernement, toi! ". Même entre humains, cela paraissait incongru, alors avec des E.T. à la peau argentée... Non, cet Adam Bellegueule devait avoir hypnotisé tout le gouvernement et peut-être bien une partie de l'opposition aussi. Et même s'il y avait des lucides comme lui dans l'opposition, comment savoir quel mode de réaction ils choisiraient ? Il y aurait sans doute des extrémistes qui ne se contenteraient pas d'en savoir plus avant d'agir et jugeraient urgent de faire le ménage en faisant tout sauter. De cela, Laure n'avait nulle conscience ou alors elle ne voulait pas y penser. C'était plutôt cela car sa colocataire n'avait rien d'une tête de linotte et elle refusait juste de voir la gravité de la situation au moment où le destin lui souriait par la bouche de M.Takada. Cela pouvait se comprendre mais cela était dangereux . Il s'énerva tout seul de ne pas trouver de solution au casse-tête.


- Oui, je vais probablement partir en reportage pour mon compte personnel si aucune agence ne veut me mandater sur ce coup-là. Ce qui ne m'étonnerait pas s'ils sont aussi aveugles que toi. Je vais tout de même pas rester sans rien faire alors que des bonshommes qui brillent au soleil sans maquillage plastique- tiens ils devraient jouer dans le prochain Twilight! - sont en train de s'installer à l'Elysée.

Il eut l'impression fugace d'avoir fait mouche, mais fugace, vraiment. A peine Laure arbora-t-elle une mine songeuse quelques secondes qu'aussitôt après elle lui plantait un baiser sur la joue et filait dans sa chambre pour se préparer à la suite du shooting ? A mais non, elle revenait avec une pile de magazines de mode qui , sans exception, faisaient l'apologie de son idole japonaise. Ethan se resservit un verre de vin et remplit aussi celui de Laure sans conviction. Il écoutait son pépiement extasié en hochant lentement la tête et mesurant l'étendue de la passion de la jeune femme. Elle couvait ce rêve en silence depuis des années et voilà qu'il explosait enfin à la vue de quelqu'un d'autre et ce quelqu'un d'autre, c'était lui ! Elle lui faisait confiance. Il en fut touché et en même temps ennuyé et pensif. Il était surprenant que la jeune femme n'eut personne de plus proche pour partager son enthousiasme qu'un colocataire certes amical mais qu'elle voyait une fois par mois au mieux. Ethan se demanda où était sa famille. Il n'y avait pas de photos dans l'appartement ni même dans la chambre de Laure, aucun signe de lien familial. Il ne l'avait jamais entendu y faire allusion. Est-ce qu'elle était orpheline, comme lui ? Il songea à la marque qu'il avait vu quelques instants auparavant. Elle l'intriguait et le mettait mal à l'aise car elle n'était certainement pas le témoin de moments agréables pour Laure. Il eut un sourire bienveillant lorsqu'elle affirma qu'un jour ses créations trôneraient dans les rubriques des magazines qu'elle lui mettait sous le nez.

- Je n'en doute pas Laurette ! Tes parents seront fiers de toi. Et un jour c'est à ton propre défilé que tu les inviteras.

Elle continuait dans l'exaltation en évoquant ce que serait la soirée de demain, se projetant aux côtés du grand créateur asiate.

- Oui, je te prendrais en photo avec lui ! Dis-moi, la marque ronde qui ressemble à un soleil, en haut de tes fesses, c'est tout de même pas pour lui rendre hommage ? Tu t'es pas fait graver le drapeau japonais sur la miche à cause de lui ?

Dieux ! Que c'était maladroit ! Il regretta presque aussitôt ses mots en voyant le chagrin s'abattre sur les traits de son amie. Elle qui lui annonçait vouloir faire une collection homme à son nom, elle qui lui demandait gentiment ce qu'il voulait faire à présent.

- Excuse-moi ... C'était très con de ma part comme blague. Vraiment je suis désolé, Laure. Je crois que je ferais mieux de me borner à te prendre en photo, ça je sais le faire à peu près bien... Tu comprends pourquoi je suis seul ? Un vrai handicapé du rapport humain!

Spoiler:
 
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Siana


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MessageSujet: Re: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Lun 22 Sep 2014 - 22:39

Laure mit instinctivement ses mains aux fesses et déclara qu'elle était trop rapide pour que les mains d'Ethan n'atteignent ses fesses.

- Fais plutôt attention aux tiennes ! Si tu m'attrapes sous le bras, je te les mords ! s'exclama-t-elle en riant.

Elle écouta ensuite son colocataire parler des Elyriens tout en feuilletant ses revues et ses archives dédiées à Takada. Elle en découvrait, ou redécouvrait, certaines avec des annotations personnelles. Des critiques même ! Elle ne semblait pas vraiment s'intéresser au sujet des Elyriens. Sortie de la mode, de son appartement et de ses séries à deux francs, Laure ne s'intéressait pas à grand chose. Quoi qu'elle avait un nouveau centre d'intérêt : son photographe de coloc' ! Elle appréciait sa présence, même si elle était limitée. Ses histoires aussi. Elles lui faisaient voir le monde, chose nécessaire pour Laure, qui ne sortait presque plus et qui ne voyageait plus.
Ethan semblait terriblement virulent à l'égard des Elyriens. Laure ne s'était fait aucune idée à leur sujet. Tant qu'ils ne l'empêchaient pas de vivre et qu'ils ne lui prenaient pas ce qu'elle aimait.
Puis il lui annonça qu'il partirait sûrement. Laure avait tiqué. Elle avait attendu quelques secondes avant de pouvoir tourner de nouveau une page.

- Tu irais où ? demanda-t-elle, par pure politesse.

Et si elle aussi était finalement contrainte de quitter Paris et son cocon ? Où irait-elle ? Chez sa mère, en Normandie ? Ce n'était même pas envisageable, elles feraient plus de dégâts que tous les Elyriens réunis. Chez son père et sa nouvelle famille ? Ho ! Laure en aurait été ravie. Mais remettre les pieds en Guadeloupe était mission impossible. Retourner chez son père, sur son ancienne petite île des Antilles signifiait aussi le revoir LUI : Sloan. Il était impossible pour elle de ne pas le croiser. Il habitait le même quartier. La même rue. C'était inconcevable. Si elle y retournait, les mensonges et les rumeurs recommenceraient. Elle ne voulait pas faire subir cela de nouveau à son père, sa belle-mère et ses demi-frères. Elle les aimait trop pour cela. Son départ précipité en France avait arrangé les choses dans le quartier. Dans ses relations avec sa mère aussi d'ailleurs. Mais pas pour Laure. Elle s'était enfermée dans son cocon hérité de son vieil oncle. Un bien car elle avait quitté la maison de sa mère, mais aussi un mal, car elle s'était enlisée dans une routine d'hermite. Heureusement qu'Ethan était là pour lui apporter un brin d'équilibre.
Il fit brièvement allusion à ses parents. Laure se rendit compte qu'ils n'avaient jamais parlé de leur famille respective.


- Les deux en même temps ? Hmmh. Je ne pense pas, répondit-elle. Ma mère ne viendrait pas si mon père et sa nouvelle famille prenaient l'avion pour y assister. Ho je sais que eux, ils le feraient avec plaisir ! Ils quittent la Guadeloupe une fois par an rien que pour venir me voir. Et si toi, tu exposes un jour tes belles photos, tu inviteras les tiens ?

Quand elle fut dans de retour au salon et confortablement installée dans le canapé, Ethan aborda le sujet que Laure évitait soigneusement, en prenant soin de toujours cacher le bas de son dos. C'était difficile pour elle d'en parler. Car par le passé, chaque fois que le sujet était abordé, elle n'était pas la victime, mais l'affreuse petit menteuse qui cherchait à attirer l'attention, à nuire à une bonne famille ainsi qu'à la sienne.

- La... marque... ronde, répéta-t-elle lentement, presque de façon robotique.

Les mains de Laure se crispèrent sur sa robe. Il l'avait vu. Que dire !? Que faire ?! Mentir ? Elle en était incapable avec Ethan. Rire ?! Tout aussi impossible.

- Hmm. Heu... ben... ce n'est pas un tatouage, je n'aime pas ça,
répondit-elle pour éviter soigneusement le sujet.

Oui, éviter le sujet était la seule solution. Ainsi, elle ne mentait pas et ne riait pas. Ethan commença alors à se repentir en excuses. Laure soupira longuement. Que faire ? Le lui dire ? Quitte à être prise de nouveau pour une menteuse ? Ou le rassurer et lui dire qu'il n'avait pas de raison de s'excuser. Cette histoire ne la faisait plus pleurer depuis longtemps. Mais si Ethan avait fait cette bourde quelques années plus tôt, Laure aurait terminé en larme.

- Ho, je suis pire que toi, pour ce qui est du rapport humain, se contenta de dire Laure. Toi, tu sais aller et venir. Tu vas à la rencontre des gens. Moi... enfin tu sais. Ma bonbonnière !

Laure se leva et s'approcha d'Ethan. Elle s'accroupit à côté de lui et sourit timidement. Un peu forcé le sourire, mais la bonne intention y était.

- Tu n'es pas le seul à avoir des cicatrices, dit-elle en repensant au jour où elle l'avait surpris dans la salle de bain. Ho mais... rassure-toi, j'ai pas fais de bêtise ! C'est juste la cicatrice de mon accident domestique. Juste... ça...

Laure baissa les yeux et se rassit à côté d'Ethan. Comment avait-elle pu se tromper sur la longueur du décolleté de dos ?

- On a tous nos petits trucs de toute façon... n'est-ce pas ?
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MessageSujet: Re: [Jour 01] Le p'tit-déj, tu le veux avec ou sans la routine ?    Lun 22 Sep 2014 - 22:40

Il eut envie de rire en s'imaginant Laure essayant de le mordre alors qu'il la portait jusqu'à la maison. Quel drôle de duo ils formaient! Certainement pas un couple exécutant dans les normes le passage du seuil après le mariage. Il chassa rapidement cette idée sans objet de ses pensées en constatant que Laure était soudain perplexe à cause de son intention de partir en guerre de l'information contre les Elyriens.

- J'irai ou je peux faire éclater la vérité! Tu sais, j'ai vu accidentellement à quoi ils ressemblent sans leur maquillage, car ils sont maquillés comme des camions !

Il se souvenait de ce matin où il s'était éveillé en plein bush, après avoir planqué derrière des buissons durant toute la nuit à proximité d'un petit vaisseau annexe qui stationnait au dessus d'un marigot. Un des navigateurs en était descendu dans une sorte de tunnel lumineux qu'il avait tenté de prendre en photo sans flash mais en vain, le résultat donnant un carré tout noir. L'être était ensuite allé se tremper dans l'eau boueuse et il avait clairement vu son épiderme à travers les branchages. Il était argenté avec des reflets bleutés . Dans l'ensemble, il semblait conformé comme un humain mais qui pouvait savoir ce qui se cachait à l'intérieur. Nu et sans maquillage, cet Elyrien lui avait semblé par sa beauté irréelle, bien plus dangereux et redoutable qu'aurait pu l'être un alien reptilien couvert de dents et de tentacules. Les Elyriens avaient du charisme et savaient endormir la méfiance que l'homme entretient pour l'altérité en déguisant leur différence sous un grimage.

La réponse de Laure au sujet de ses parents le ramena à des préoccupations plus terriennes. Ses parents étaient donc séparés et cela avait du mal se passer. Est -ce qu'une telle chose pouvait bien se passer d'ailleurs et particulièrement pour les enfants ? Il se mordit les lèvres au sang et serra son verre si fort qu'il aurait pu le briser lorsqu'elle parla innocemment de ses parents à lui. Il détourna la tête pour éviter qu'elle remarquât son regard trop brillant. Puis il fut égoïstement soulagé lorsqu'elle revint ensuite à la tâche, la fameuse marque qu'il avait évoquée si maladroitement et il l'écouta, peu convaincu par ses explications. Il s'éloigna, les épaules voûtées soudain, comme s'il portait le poids du monde. Il lui tournait le dos, essayant de réprimer le chagrin qui remontait par vagues.


- Des cicatrices visibles dont on s'accommode et d'autres plus secrètes qui ne guérissent jamais, n'est-ce pas ? Pourquoi ne veux -tu pas me dire les tiennes alors ... Les larmes montaient inexorablement et il n'en eut pas honte... Alors que tu as lu le petit carnet ?
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